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Coûts externes Concernant lémission de polluants, le transport routier émettait en France en 1998, 46.000 tonnes de S02 sur les 60.300 émises par les secteurs des transports) pour 200 tonnes par le chemin de fer, 783.000tonnes de NOX (oxyde dazote), 9OOO pour le rail, sur 846.100, 3.330.000 de CO (2500 pour le rail) sur 3.465.000, 124.000 de CO2 (700 pour le rail) sur 132.000; la voiture engendrerait des coûts externes plus de 4 fois supérieurs à ceux du rail par milliers de voyageurs km ; dans le fret, ces coûts externes sont 5 fois supérieurs à ceux du rail par milliers de tonnes Km. (2) Du point de vue de lenvironnement, les coûts externes sont des coûts que les parties externes à lentité doivent tôt ou tard engager par suite des impacts des activités , produits et services de celle-ci sur lenvironnement suite à la diminution dun avantage ou à un préjudice subi par la société à cause dune détérioration de la qualité de lenvironnement non pris en considération dans une opération de marché (3) Une enquête trilatérale, réalisée par des spécialistes de lépidémiologie ,de la pollution atmosphérique et de léconomie, mandatée en Autriche, en France et en Suisse (4), sur les coûts externes imputables à la pollution de lair par les transports annonçait 2000 décès prématurés en Autriche, 17600 en France et, des 10aines de milliers denfants et dadultes souffrant de maladies respiratoires et donc des milliers dhospitalisations supplémentaires, ainsi que 16 millions de journées dactivité restreinte. Les coûts immatériels de la douleur, des souffrances et dune qualité de vie moindre ainsi que les coûts matériels découlant de la perte de production et des coûts de traitement totalisent 26, 7 milliards dEuros par an pour les 3 pays concernés, soit environ 350 euros par habitant. En Belgique une étude de lULB (5) se propose actuellement détudier 4 sortes de coûts externes : congestion (accent mis sur la perte de temps et sur linteraction avec dautres facteurs), environnement (distinction entre pollution de lair , bruits et déchets solides) , usure des routes, et accidents de circulation générés par lutilisation de véhicules Les coûts externes des transports représenteraient, selon une étude commandée par lUnion Internationale des Chemins de Fer, 10% du PIB Européen. (6). Cette étude évalue pour 17 pays Européens (Les 15 plus la Suisse et la Norvège) les accidents, la pollution atmosphérique, les risques liés aux changements climatiques, le bruit, la congestion de la circulation et une série dautres effets environnementaux.
Face aux questions posées par les transports, la gratuité des transports publics a été dans les années 60 une solution proposée dabord par des « groupes marginaux », étudiée sérieusement par des politiciens puis rejetée , comme le relate Colin Ward (9) : durant les sixties, le Conseil du grand Londres fut tenté de décréter les transports en commun gratuits. Ce débat est en train de réémerger, porté par les problématiques adjacentes comme la liberté de circulation, la marchandisation de la planète, légalité daccès, le désastre écologique, le tout sécuritaire, laménagement de lespace urbain, le service public etc .. Le CST à Marseille (10), créé en septembre 2001 a tenté de sensibiliser les usagers a la question de la gratuité des transports publics en ouvrant pendant 3quarts dheure les barrières daccès au métro du vieux port, distribuant des tracts et tchatchant avec eux. Le CST estime que les cartes et les abonnements bénéficient surtout à ceux qui ont les moyens de se les procurer ; il constate que la billeterie ne représente que 30 % du budget, ce qui rembourse à peine la fabrication des billets, lentretien des machines à composter et les contrôles :paie ton son billet pour payer que quelquun vérifier quon a bien un ? De plus 60%des conflits entre agents de la RTM (métros Marseillais) ont lieu lors de contrôles : donc plus il y a de contrôles, plus il faut dagents de sécurité, de caméras, de vidéo-surveillance etc Les amendes et toutes autres mesures de rétorsion infligés aux passagers dans lincapacité de payer leur ticket ne réussissent quà ajouter à lexclusion, à lendettement : cest linsécurité sociale quil faut combattre, et non ses victimes, quils soient usagers ou travailleurs estime Stef, membre actif du CST Le Collectif Sans Ticket A Bruxelles, et à Liège le Collectif Sans Ticket (11) a vu le jour en 1998 ; à la base, des collectifs de chômeurs de Liège et de Bruxelles et un centre social qui ne pouvaient plus supporter les dépenses de transport liées à leurs activités, les tarifs pratiqués par les sociétés de transport étant une entrave majeure à la possibilité de bouger et de faire réseau; le CST se fonde alors sur base de conditions dexistence commune (travailleurs précaires, chômeurs, allocataires sociaux, étudiants) autour de lidée dun projet de transports de service public accessible à tous indépendamment du statut ou des revenus. Très vite le collectif prend le parti déditer une carte de droit aux transports(CDT), symbole de sa revendication; ses utilisateurs sen servent au quotidien pour leurs trajets ordinaires, individuellement et sans être nécessairement être militants CST. Une relation nouvelle sinstaure entre le contrôleur et le contrôlé, où la subjectivité des interlocuteurs prime le règlement commercial et disciplinaire, portant sur la singularité de la situation et la capacité de lusager et de lagent à porter à se remettre en jeu par rapport aux normes censées sappliquer froidement. Ce morceau de carton libère la parole, estime le CST et confronte les dirigeants des sociétés de transport et les mandataires politiques à un phénomène sur lequel ils nont aucune prise. Les usagers de la carte acceptent systématiquement de présenter leur carte didentité : le contrôleur dresse un PV et autorise le règlement ly oblige lusager à poursuivre son trajet. Les bras de fer avec les agents sont inexistants et la lisibilité politique de la démarche est assurée. (12) Ennuis judiciaires Deux procédures sont actuellement en cours, une à la SNCB et une à la STIB ; le comité de la STIB a cité au civil en juin 2001 15 usagers ou proches du CST et réclamé selon une procédure en référé linterdiction de tout débat public sur la gratuité ; les charges vont de lassociation de malfaiteurs à lusurpation de fonction (La STIB accuse le CST de « prendre la place des contrôleurs » ), de la désorganisation du réseau à la détérioration dinfrastructures ; la direction de la STIB vise à « arrêter l" hémorragie » et à infliger , sil continue, des astreintes de 5000frcs pour toute forme dédition ,d e transport ou de diffusion dun texte sur le droit au transports (même sils ne viennent pas du CST !), toute parole échangée avec les autres passagers pour les prévenir des contrôles ou toute discussion avec un des usagers cités avec des travailleurs de la STIB. Lavocat de la STIB exige aussi que les 15 personnes soient condamnées à payer 1000frcs par document diffusé sur le réseau, même si le CST ignore son leur existence La direction de la STIB tente ,estime le CST (12) , de couper à la racine le foisonnement de solidarités et de contacts entre usagers et travailleurs qui se produit depuis 6 mois lors des opérations Free Zone organisées hebdomadairement ( lors de ces opérations, des groupes dusagers proches du CST parcourent les lignes de métro et de trams vêtus dune combinaison blanche pour transmettre de linfo aux voyageurs sur le projet de laccès gratuit et de sa faisabilité, tandis que dautres équipes munies de portables sillonnent le réseau à la recherche des contrôleurs dont elles communiquent la position aux commandos blancs qui avertissent les usagers dans les voitures et les stations. La SNCB, elle ne poursuit pas le CST en tant quorganisation : elle laisse létat poursuivre chaque usager individuellement sur base dun arrêté royal de 1895 qui fait du voyage en train sans titre de transport un délit ; la SNCB porte systématiquement plainte, depuis un an , contre les utilisateurs de la carte. Une trentaine de jugements ont été prononcés (allant du suris, du demi sursis à lamende) contre lesquels le CST a interjeté appel, les cas ont été regroupés et les affaires seront jugées début décembre. Le politique Le CST estime que son existence et lextension des pratiques en amont des traductions institutionnelles pèsent sur les débats; le travail entamé au sein dECOLO fait resurgir la question de laccès gratuit pour tous, même si la plupart des cadres et mandataires du parti qui bossent sur le thème des transports considère ce thème comme quasi tabou. Il y a deux ans, la chef de groupe au parlement bruxellois déclarait au CST lors dune entrevue, (12) que « jamais Ecolo na été favorable à la gratuité »Le CST estime nen être quà la première phase de son action: promotion du projet de transports de service public daccès gratuit au rang de problème de société, cest à dire entant que matière à penser et travailler dans lespace public. Le CST est en contact avec les différents niveaux du parti aux affaires(ministère fédéral de la mobilité, ministère Wallon, parlementaires fédéraux et régionaux, parti) et à Bruxelles avec un député social-chrétien. Dun côté, le CST essaie de faire avancer la question au sein du milieu politique, de laccès pour tous , lautre vis à faire pression sur le milieu judiciaire. Le CST compte dailleurs bientôt étendre ces liens au parlementaires Européens. Sa pratique ne porte pas exclusive : il sagit deffectuer un travail de rue, daction directe, de lobbying, de faire pénétrer le débat dans tous les lieux, de travailler autour d e situations concrètes, sur des relations entre acteurs impliqués dans le domaine, pour rebattre les cartes entre les territoires que chacun occupe au départ, de créer des passerelles entre une multitude dacteurs et douvrir des brèches dans le monde associatif sans critère sélectif, avec des associations de jeunesse, les restos du cur ou des groupes environnementaux et ce que le CST nomme « la banlieue du travail salarié », terme qui désigne lespace social comprenant ceux qui naccèdent plus au régime classique du salariat (sédentarité, horaires fixes, contrats à durée indéterminée) et peuplé dune multiplicité d e gens fuyant un boulot qui ne leur permet pas de sépanouir, refusant de sy enrôler à vie ou à moyenne durée et bricolant au quotidien pour se maintenir à flot
Le CST a pris le pli de rencontrer les travailleurs de la SNCB et de la STIB. Discuter avec des travailleurs est loccasion de mieux cerner à qui on a affaire. Dans la grande de majorité des cas, le regard est positif et se traduit parfois par des gestes de solidarité (notamment pendant les Free Zones); refus de vendre des tickets et le bloquage des machines de compostage, auquel les travailleurs de la STIB ont eu recours en tant que forme de lutte pendant une douzaine de jours au cours des 6 derniers mois. Des alliances deviennent vraisemblables sur certains points, estime le CST, mais cela dépend deux et aussi des capacité s dauto organisation au sein des entreprises, où cest moins dêtre donné davance : pesanteur de lencadrement syndical (>80% daffiliés à la STIB) et conséquences financières des arrêts de travail ( 50% du personnel roulant serait surendetté) ; de plus chaque vélléité d"autonomie du monde du travail, la litanie habituelle ressort: « le client est pris en otage » (12) Débats comptables Le service collectif ne peut se concevoir sans gratuité; la gratuité est le seul gage de liberté et dégalité daccès aux biens collectifs; tout système de paiement quel quil soit introduit une barrière, la gratuité est une idée collective où tout le monde paie pour accéder un bien ou un service. Utopistes ? La multiplication et le sérieux des arguments et des luttes menées dans de nombreuses villes, départements et régions en Europe montrent que cette revendication est loin dêtre fantaisiste ou irréaliste : la gratuité des transports ne peut être mise par ses opposants au rang des douces utopies : elle existe ; des luttes ont permis dobtenir la gratuité de transports collectifs pour tous (Compiègne, 30. 000 habitants, Issoudun, 18.000) ou sous conditions de ressources (région Midi-Pyrénées, Caen), des avantages catégoriels commencent à être consentis. Mais lexemple le plus frappant (13) est celui dHasselt , 70000 habitants, qui, en 1997, et à contre courant de la marchandisation générale, a instauré la gratuité totale des transports en commun en 1997. La commune dHasselt a choisi la gratuité parce que certaines personnes ont osé modifier radicalement lorganisation des transports, refusant de procéder par petites retouches: le conseil communal a osé refuser la construction de parkings prévus en centre ville, osé prononcer le mot »gratuit », osé prendre le temps de convaincre les habitants aux avis divergents (commerçants, usagers, sociétés de transport, précaires), osé réunir les acteurs de la vie communale autour dune table. Le lobby automobile est mon berger Sattaquer à la voiture en ville réclame til le soutien le soutien dun puissant mouvement? Et en labsence de celui-ci, le politique craint-il trop de brusquer les automobilistes et les industries concernées ? Le succès de lexpérience dHasselt nest pas basée sur une innovation spectaculaire, mais sur la jonction dinitiatives existantes qui ont été mises ensemble dans un projet global. Ceci dit, la simplicité du concept fait encore se demander aux décideurs Hasseltois pourquoi ils ne lont pas fait avant (13). Ailleurs, laction des pouvoirs publics est presque quinexistante: est-ce du aux lobbys automobiles, qui ont des moyens de pression autrement efficaces que ceux des petites associations luttant sur le terrain ? Un exemple hors publicité déclarée comme telle de lentretien délibéré du déficit dimage de la circulation non-automobile? Bel RTL, la radio sympatico-conviviale-commerciale proposait en 1999 à ses auditeurs un « test de mobilité » dans 4 grandes villes de Belgique, expérience scientifique consistant à rallier le plus rapidement possible 2 points distants de la ville (10 Km): larrivée étant jugée devant les gentils locaux de la radio. Quatre moyens de transport étaient appelés à être comparés, chacun étant testé par une vedette du sport ou un animateur RTL . Départ donné vers 07 h 45 du matin , résultats du test diffusés régulièrement au cours de lheure aux nombreux automobilistes attentifs aux multiples annonces de bouchons quotidiens. Tout semblait organisé pour promouvoir le scooter et rassurer les automobilistes en leur démontrant quils avaient effectué le meilleur choix, quil n existait aucune alternative crédible et que la voiture individuelle offre toujours le meilleur rapport vitesse/ confort; les transports en commun étaient par ailleurs ridiculisés systématiquement ,de même que le vélo, traité avec condescendance et mépris. (14) Un autre exemple de bonne volonté en matière de mobilité non-automobile? A Bruxelles ville, un poteau de signalisation a longtemps encombré 33 cm d une étroite piste cyclable ; le conseil communal a refusé de le déplacer pendant 2ans; il avait beau être décrété dangereux par l IBSR, le conseil communal prétexte un règlement qui veut « quon ne touche plus pour raisons déconomie à un aménagement public dans les 2 ans qui suivent son implantation ». En France, La ligue contre la violence routière envisage de porter plainte devant la cour de justice de la république contre les ministres des transport: pour elle, 3000 vies pourraient être sauvées si les limitations de vitesse étaient respectées: la responsabilité des pouvoirs publics est donc engagée dans la mesure où ils pourraient obliger les constructeurs à brider les engins permettant de dépasser ces vitesses. Ce qui ne serait pas idiot; mais pas question, évidemment: on reste dans la logique « la liberté, cest transgresser » chère aux bagnolards émancipés. Les pouvoirs publics restent des partenaires incontournables du lobby automobile : quelque soit les scénarios, il faut aménager les routes, affecter des voiries; et vice versa: talonné par la hantise de la crise économique, le politique souhaite une industrie automobile forte, qui représente beaucoup demplois et 10% de léconomie nationale et na donc pas intérêt à diminuer les pressions destinées à stimuler la production et la consommation, ni à voir les citoyens se monter moins insouciants et moins prodigues, le bon peuple nétant pas en reste, puisque installé dans ses habitudes, son confort, ses rentrées et ses représentations, il na pas toujours loccasion de voir lintérêt quil y aurait à ne pas perpétuer la dilapidation globale. (15) Frank FURET
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