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Les nouveaux mages Le système technocratique est un système qui utilise plus la technique (en particulier la technique économique) et le discours technique pour légitimer les choix politiques et sociaux que le débat dans lespace public; le rôle du technocrate est souvent plus tenu pour celui dun grand prêtre de lordre établi que pour celui dun technicien au service de la collectivité. La société entière a besoin de légitimité technique et de discours technique, leur allure sérieuse, scientifique, rassurant quant à la rationnalité des choix, au mérite et à la compétence des décideurs. Aucune adminstration nest aussi opaque que lUnion Européenne: commission, conseil Européen, conseil des ministres, comité des représentants permanents : on est en présence dun pouvoir quasi- autocratique. Une telle construction favorise le lobbying discret et exclut la participation démocratique des citoyens: rien nest prévu pour corriger cette occulation bureaucratique, le parlement, pratiquement sans pouvoir ny pouvant rien. Diplomatie secrète, lobbying subtil, leurres et stratégies en tout genre, mécanismes non transparents, dépendance vis à vis des élites financières, industrielles et marchandes, opacité, influences discrètes, impalpables: les normes juridiques qui encadrent les activités économiques et lencadrement de plus en plus généralisé de toutes les activités par les concepts de léconomie néo-classique échappent à tout contrôle citoyen.
Pour se restructurer autour de leurs valeurs financières et occuper plus encore le pouvoir, les détenteurs de capitaux ont du se libérer des contraintes institutionnelles et sociales en affaiblissant tous les contrôles qui pouvaient peser sur eux (4), affirmant sa nouvelle hégémonie sociale par le biais dune direction technocratique rééduquée selon leurs désidératas. Laffaiblissement institutionnel des parlements Européens et nationaux sest conjugué avec un discours antiparlementaire, ceux-ci voyant leurs capacités dactions de plus en plus réduites par le développement de lindépendance financière (stocks options, off shore, fluidité et opacité des mouvements de capitaux au sein de l' Europe); au prétexte daffaiblir un état présenté comme envahissant et inefficace ou un parlement décrété incompétent, lobjectif était surtout de rétablir larbitraire, labsence de contrôle sur les nouvelles aristocraties financières et dimposer mondialement le jeu et les nouvelles règles du jeu auxquelles tous étaient dorénavant sommés de jouer.. Assoupissement généralisé dans le tintamare et le ronron audio-visuel, frénésie aveugle de la nouveauté, les valeurs démocratiques au nom desquelles lOccident donne des leçons au monde voire engage des opérations militaires, sont malmenées, dévoyées, remises en cause et il sagit plus que dune simple crise, selon Bellon et Robert (4) : on assiste à une véritable mutation culturelle et historique ; Michael Walzer, philosophe Américain juge quant à lui que « la culture démocratique a du mal à se maintenir même dans les pays où ses pratiques sont les mieux enracinées »; si dans certains milieux progressistes, on cherche à réactiver les espaces de citoyenneté, en d"autres lieux,on théorise une démocratie sans citoyens ou on se contente de jouer les syndics de faillite avec ce laconisme confortable qui est lapanage les gens bien installés. Les aveux répétés d"impuissance des politiques, la dépossession croissante des pouvoirs de l"état au profit des marchés ou d"instances internationales chargées d"assurer son développement appuient cette réduction de l"espace démocratique. Et les nouvelles panacées proposées à des citoyens privés de grille de lecture, continuent Bellon et Robert (4), localisme, cyberdémocratie, communautarisme, souverainisme, société civile, même si certaines sont porteuses de vrais espaces de démocratie, sont souvent l"alibi de la confiscation réelle du pouvoir opérée au sein du corps social : les assemblées représentatives sont réduites à des chambres d"enregistrement , la notion d"intérêt général s"efface au profit du cas par cas des revendications sociales, les questions relatives aux fondements de létat social étant exclues du débat public, ces problèmes fondamentaux étant réduits à leurs aspects les plus anecdotiques. Néo-illusionisme Bellon et Robert (4) pensent aussi repérer dans le disours de la communication sociale le désir docculter les rapports dautorité et les différences de statuts sociaux en créant par le dialogue lillusion dun groupe où chacun est à égalité. La figure du citoyen libre autonome, rationnel et solidaire sest effacée au profit de celle du consommateur débonnaire et sympa, élément basique de la tribu planétaire (4). Tout est marchandise. La réalité devient insaisissable, reste limplicite médiatique:marchandisation et privatsiation riment avce modernité, le service collectif nest plus quune vieille chose ringarde, une erreur de lhistoire. Pas un mot sur les causes de lampleur du sinistre Japonais depuis la libéraliation totale des mouvements de capitaux à savoir le passage à un système ouvert entendant maximiser le profit des fonds investis ayant entraïné recul de la consommation, augmenation des crimes, vols, et suicides pour raison économique, baisses dimpôts a peu près égales aux baisses de salaires. Et puisquon en est à ne plus vouloir rien voir, pourquoi poser la question de fond: celle de lappropriation mondiale des économies, des savoirs et des activités par les plus puissants détenteurs de capitaux fort commodément libérés. Lampleur des mécanismes de confiscation du pouvoir, la puissance actuelle du déterminisme social, baignent lidée que la société libérale est la forme achevée de la démocratie, que lhistoire et terminée et quil inutile et impossible den dépasser les acquis. Après avoir longtemps ressassé « les idéologues c"est les autres », le néo-libéralisme triomphant saffirme sous lapparence de lobjectivité et de la scientificité, revendiquant pragmatisme et réalisme. Loeil fixé sur sa carrière, le politique cherche à ne pas troubler. Pas vu à la télé : lERT LE.R.T. pèsera lourdement sur lélaboration de la loi Européenne, avec ou pour la Commission, qui la fera imposer aux états membres; les Tablerondiers feront nommer - selon Gerard De Selys (6) - Jacques Delors à la présidence de la commission et lui dicteront son idée du grand marché; en économie concurrentielle, la rapidité est primordiale, et cette année là, la table ronde organise une vaste campagne de propagande, vue daboutir le plus rapidement possible à une privatisation généralisée de tous les services publics rentables. Des coupes sombres sont alors opérées dans les secteurs de la santé, de la sécurité sociale, des pensions et de lenseignement. Le plus juteux et le plus prometteur, le secteur des télécommunications, sera vendu à bas prix au privé. Marché unique, nouvelles infrastructures, TGV, investissements dans les autoroutes, union monétaire, livre blanc de Jacques Delors sur la compétitivité internationale, déréglementation accrue, relèvent tous dune étroite collaboration entre lERT et la commission, juge le rapport du Gresea, (7), qui constate létonnante uniformité des plaidoyers des dossiers de la commission et de ceux de lERT, analogies auxquelles Gerard de Selys ajoute les propositions Onkelinkx sur lenseignement. Pas vu à la télé non plus: le TABD Autre indice entérinant la thèse qui estime que lUnion Européenne nest qu un relais de lAméricanisation Globale: le TABD. Un peu dhistoire: après léchec en 1994 du projet cher aux Britanniques et Américains de dissoudre lUnion Européenne dans une zone de libre échange avec les USA, lavortement dun bébé éprouvette en Mars 1998, sous létiquette de NTM (Nouveau Marché Transatlantique), et celui de lAMI (Accord Multlatéral sur lInvestissment consacrant la subordination des états à lexpansion des multinationales (8), les milieux d"affaires et technocratiques décident d"enfanter un clone sous des enseignes du Partenariat Economique Transatlantique (PET) et le Cycle du Millénaire de l"Organsiation mondiale du Commerce(OMC), plus propices à dissuader les éventuels curieux. Sous couvert de lever les obstacles techniques aux échanges, parmi lesquelles les règles de protection sociales, sanitaires ou environnementales, il s"agit de parvenir à un engagement général en faveur de l"accès inconditionnel au marché dans tous les secteurs et pour tous ; l"objectif est de créer des réglementations minimales conjointes sur bases recommandations de entreprises en vue de créer de nouveaux débouchés. Les multinationales des 2 rives de lAtlantique Nord ont puissamment influencé les travaux du PET grâce à un puissant lobby intitutionnalisé depuis 1995, le TABD(Transtlantic Business Dialogue) « plate forme de discussion » créée conjointement par la commission europénnne et par le ministère Américain du commerce; il réunit quelques 150 PDG des plus grandes entreprises de part et dautre de lAtlantique et formule des propositions pour accélerer la libéralisation des échanges; les protestations anti-mondialsation sélèvent généralement contre lOMC ou lOCDE; le TABD jouit lui dun quasi anonymat dans la société, ce qui renforce son efficacité auprès des décideurs publics (9). Au plan bilatéral, le TABD contribue à créer une zone de libre échange entre lEurope et les USA qui permette aux marchandises, services et capitaux de traverser plus facilement lAtlantique; il est surtout une interface de poids entre les gouvernements et les organisations multilatérales comme lOMC. Il a mandat du gouvernement des USA, de la Commsissionn européenne et des 150 grandes sociétés qui le composent pour identifier les barrières au commerce Transatlantique, cest à dire n importe quelle proposition de règlement ou politique nadaptant pas les ordres du jour des lobbies de chaque côté de l Atlantique; selon le CEO (10), limplication active de fonctionnaires des niveaux les plus élevés du gouvernement des States et de lUnion Européenne en font une organisation bien plus dangereuse quun simple groupe de lobbying: le TABD brouille lui aussi la distinction traditionnelle entre gouvernement privé et public, le monde des affaires négociant pertinemment dans les forums quadrilatéraux à côté de leurs contreparties gouvernementales et montre la fusion qui existe pratiquement entre le mode politique et celui des affaires. Les contrôlés contrôlant les contrôleurs, on peut raisonnablement prévoir quil va de moins en moins être difficile de dénicher des appelés à être contrôlés rechigner au contrôle. Le TABD a oeuvré comme partie intégrée du processus de négociation Europe USA sur les politiques commerciales: il a formé les ordres du jour, participé aux négociations officielles et contribué à maintenir les gouvernements responsables de la mise en place des accords. Ces réunions ont lieu derrière des portes fermées, beaucoup de documents essenteils nétant pa s rendus disponibles au public, malgré la transparence récemment revendiquée parlUnion Européenne; les recommandations sur 2 du TABD a été mis internationalement en application. On doit par exemple, au TABD le renvoi de linterdiction jusquen 2002 de linterdiction de lancer sur lemarché Européen des cosmétiques testés sur des animaux hors de lUnion, la rédaction finale dun projet de directive sur lematériel électrique et électronique et le projet de réduction de la portée des interdictions des matériaux toxiques, de la réduction de la responsabilité de leurs producteurs et de la libéralité concernant la réutilisation des sus-dits matériaux. Le TABD nest pas une organisation officielle: il sagit dun groupe informel composé de patrons qui gèrent les groupes de travail sur les points où ils veulent obtenir des résultats dans le commerce; toutes les tentatives pour ouvrir les marchés entre les States et lUnion Européenne ont été suggéréres par le TABD, qui se considère néanmoins comme une ONG. Jerôme Monod revendiquait dailleurs fièrement que le TABS était lorganisation qui avait le plus grand accès aux institutions politiques des deux côtés de lAtlantique, les contacts avec les fonctionnaires Européens étant presque quotidiens, la commission Européenne étant « très coopérative » ; la commission a établi un document périodique , « les tables du TABD » destiné à juger si les exigences du TABD ont été remplies et senquérant du pourquoi au cas où elles ne le sont pas. Donner le change « Transparence », déréglementation, libéralisation, ouverture des marché, bonne gouvernance ne concernent que les états et les citoyens, jamais les grandes entreprises: secrets des ententes et cartels, dumping et manipulation des prix, spéculation et délits dinitiés, criminalité financière, évasion fiscale blanchiment, espionnage et piratage, surveillance et exploitation des travailleurs, répression et discréditation des syndicats, pillage et appropriation privée des ressources collectives et du bien commun, corruption endémique des circuits économiques, des grands marchés et des appareils détat: rien ne semble devoir arrêter les sociétés transnationales presque quexclusivement domicilées dans les pays du Nord les plus puissants (USA, Canada, Union Européenne, Japon), lancées dans une course accélérée de gigantesques fusions-concentrations bénéficiant pour la plupart de lappui inconditionnel de gouvernements et instances internationales dévouées à leur cause et contrôlant de plus les moyens de communication, se livrant à une concurrence acharnée pour le contrôle monopolistique des marchés après avoir liquidé les services publics au nom de la Concurrence); elles ne rencontrent somme toute quune résistance localisée et sporadique. Tout ceci provoque de terribles ravages en toute impunité: paupiérisation accélérée, destruction des structures sociales de populations entières,effondrement des sociétés les plus faibles, écrasées par le poids des politiques dajustement structurel et de la dette, retour à la barbarie et aux conflits ethniques, multiplication des crises entraînant de brutales régressions du niveau de vie, explosion du chômage, accroîssement généralisé des inégalités et de la pauvreté y compis dans les pays les plus riches . La propagande et ses outils Lindustrie des relations publiques est selon le rapport du GRESEA (7) un des outils cruciaux que les sociétés transnationales utilisent dans leurs efforts de lobbying; cette industrie aide les firmes à promouvoir leurs produits et à créer des images dentreprsies commercialement séduisantes; et quand une firme ou un produit spécifique suscite la préoccupation du public, cest à cette industrie des relations publiques quon fait appel pour gérer la crise, apaiser les inquiétudes, altérer la perception , récréer la réalité et fabriquer du consensus (11). Une activité en pleine expansion En 1999, aux USA,les firmes juridiques , de relations publiques et de lobbying qui assistent les entreprises dans la pouruite de leurs objectifs politiques constituaient un des secteurs qui enregistrait les taux de croissance les plus élevés (7). En Europe ces industries constituent un phénomène plus récent: lappareil de relations publiques de Bruxelles sest développé en réponse à lémergence en Europe à partir des 90ies, de groupes de lobbying au service des entreprises. La science est mon berger Un des moyens de faire régner lordre dans les rangs est de sassurer la maîtrise des définitions, de faire la police des idées, dêtre capable de formuler et de diffuser la vision de la réalités quon veut promouvoir. Pour ce faire lensemble du dispositif éducatif doit être mis à contribution en même temps que les médias, lindustrie du diverstissement et les mécanismes politiques. Dans maints domaines, les USA se sont assurés le contrôle du vocabulaire des concepts et du sens; cest que les States disposent de quantité dinstitutions de recherche et de boîtes à idées auxquelles collaborent des milliers danalystes et dexperts qui produisent de linformation sur des questions juridiques, sociales et économiques dans une perspective favorable aux thèses néolibérales, à la mondialisation néo-libérale et aux milieux daffaires, et dont les travaux sont médiatisés et diffusés à léchelle mondiale. On vu ainsi apparaître des experts rendus crédibles par les stratégies de légitimation drapant des savoirs administratifs, policiers ou économiques dune parure savante donc neutre et apolitique, ces dicours simposant par leur omniprésence médiatique et leur entrée dans les cénacles universitaires, les collectivités locales, les milieux administratifs, syndicaux etc
(14). Le néo-libéralisme, resucée simpliste de doctrines du début du 19ème siècle doit plus sa conquête mondiale à lintelligence stratégique de ses promoteurs et aux centaines de millions de $ injectés dans son édification idéologique quà son génie propre. Pour un néo-libéral, la liberté individuelle ne résulte nullement de la démocratie politque ou des droits garantis par létat: cest être libre de lingérence de létat, celui-ci devant se limiter à fixer le cadre permettant le jeu du libre marché, qui répartira au mieux les ressources, linvestissement et les ressources, la charité et le volontariat privé étant chargés de remplacer les programmes publics destinés aux groupes socialement défavorisés. Cest pourquoi , à partir de 1945, le mouvement néo-libéral na cessé de recruter penseurs et bailleurs de fonds et de se doter de moyens financiers et instituonnels importants, son arsenal idéologique se composant de Boîtes à idées (Think tanks) dont les plus influentes se trouvent aux USA. Ainsi lAmerican Entreprise Institute a été mis sur pied en 1943 par des hommes daffaires pour sopposer à divers aspects du New Deal et sest toujours distingué par son sens des relations publiques et intellectuelles, travaillant directement avec les membres du congrès, la bureaucratie fédérale et les médias. Dans les années 1980, lAEI employait 150 personnnes dont une cinquantaine se consacrait exclusivement à la recherche et la production de livres, rapports et analyses ou recommandations politiques et économiques. La Hoover Foundation en activité, depuis 1973 dispose dun budget de 25 millions de $ et produit quelques 200 documents par an; elle est particulièrement active auprès des médias. Susan Georges mentionne aussi , le Cato Institute, avocat du gouvernement minimaliste spécialisé dans les études sur la privatisation et le Manhattan Intitute for Policy Research fondé par William Casey, futur directeur de la CIA, dont la critique des programmes gouvernementaux de redistribution des revenus a été très influente. Ces deux boîtes à idées, financées par les milieux daffaires, ont invariablement recommandé le marché comme solution à tous les problèmes sociaux. En Europe, le réseau dinstitutions néo-libérales est selon Susan Georges (14), moins étoffé quoique le « centre for Policy Studies, l"Intitute of Econmics Affairs et surtoutl"Adam Smith intitute de Londres qui a fait plus »que n"importe quel autre pour promuvoir la doctrine de la privatisation dans le monde entier» (15). Et bien sûr la Société du Mont Pèlerin, qui sest réunie à 26 reprises ntre 1947 et 1994 , à chaque fois dans une ville différente, qui compte 6 prix Nobel déconomie (quelle nhéiste pas à revendiquer, les Mont Pélerinistes souhaitant éviter la publicté et la médiatisation quant au reste de la liste ses membres. Les économistes de la Banque mondiale des années 60 partageaient le même éthos réformiste que les administrations de Kennedy et Johnson, ses grands thèmes de développement étant lallègement de la pauvreté, la croissance et la redistribution. Avec larrivée de Reagan et la crise de la dette en 1981, la banque Mondiale fut décrétée « bureaucratie dépensière désireuse de se substituer au secteur privé » , une enquête étant commandée par le secrétariat au trésor pour déterminer si elle avait des « tendances socialistes ». Lorganisation du service fut drastique, 29 postes sur 37 étant liquidés et remplacés par des économistes néolibéraux, plus axés sur la formalisation mathématique que sur le développement ; un système de surveillance fut mis en place, destinés à ficher les économistes en fonction de leur appartenance aux diverses écoles de pensée, léconomie néo-classique pénétrant toutes les évaluations de projets. En plus de financer à coups de centaines de millions de $ de cette industrie destinée à légitimer « scientifiquemnt » les intérêts privés, les grandes fortunes Américaines soutiennent aussi les revues et magazines qui diffusent ses idées: 4 magazines néo-libéraux parmi les plus importants recevaient en 1993 27 millions d $ de diverses sources alors que les 4 seules revues progressistes américaines daudience nationale ne bénéficiait que 269.000$ en contributions charitables. IDT, Europe, Philips, Marks et Spencer, DuPont, Danone, Sabena: des milliers demplois sont régulièrement perdus; ce qui ne poserait pas de problèmes selon certains: ces travailleurs devraient facilement retrouver de lemploi sils consentent à sadapter, cest à dire à accepter plus de flexibilité sur le plan des horaires, des connaissances, de lexpérience etc...(22). Des groupes en excellente santé annoncent la suppression de milliers de postes sous les vivats de la communauté financière qui les récompensent. La saignée nintéresse les investisseurs que quand elle est pratiquée alors que lentreprise est en pleine forme, le faire quand elle est en difficulté étant considéré comme relevant de limprévoyance et de la mauvaise gestion. Métaphysique du dégraissage Ce sont toujours les mêmes méthodes qui sont recommandées par les investisseurs et les managers qui les appliquent avec zèle: fusions géantes, recentrages, dégraissages, cette pensée unique est en train de simposer: hommes et femmes ne sont plus que des unités de compte, des variables dajustement économiques. Baisse des coûts Il peut arriver que science économique rime avec erreur, imposture, désinformation etc
Un exemple représentatif ? Le rapport Pisani-Ferry, en France, sur limpact de la baisse des coûts du travail sur lemploi a pris une de ces voies bizarres que la « science » économique emprunte à loccasion. Ce rapport est Français mais concerne somme toute, tous les Européens. Le rapport Pisani-Ferry postule aussi quil est possible de modifier le partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits et que la seule répartition modifiable se situe au niveau de la masse salariale; or toutes les études montrent que depuis 20 ans, le partage de la valeur ajoutée sest faite au détriment des salaires et à lavantage des profits, réduction de la part salariale obtenue par augmentation du chômage et par stagnation ou progression à un rythme inférieur à celui de la croissance du PIB des salaires individuels. En Europe le coefficient de restitution des gains de productivité aux salariés a été réduit de 0, 75 (1961 à 1974) à 0,36 (1980-1998) ; en France la part de masse salariale a perdu 10% de pourcentage dans le PIB, passant de près de 70% à moins de 60%, alors que la productivité progressait de 26 %. De 1981 à 1999, la part des marges des entreprises dans la valeur ajoutée a connu une progression permanente. Même sil reconnaît ces chiffres, le choix du rapport Pisani-Ferry est de prôner la modération salariale et de considérer que la norme imposée par logique de rentabilité financière depuis 20 ans est désormais intangible. Mais quest ce qui lautorise à considérer que 40% de la valeur ajoutée aillle au capital constitue une loi de nature? Une politique macro économique ne pourrait-elle oser différencier rentabilité financière et efficacité économique? Les profits records engrangés par les principaux groupes industriels et financiers nautorisent-tils pas une redistribution plus équitable (réduction du temps de travail, hausse des salaires) des gains de productivité sans crainte pour la compétitivité des entreprises? Si ces gains de productivité ne peuvent être utilisés ni pour financer les futures retraites (nécessaires avec le vieillissement démographique), ni pour réduire le temps de travail en vue dalléger la peine du monde du travail, de répartir lemploi et améliorer la qualité de vie, ni pour amliorer la qualité de lenseignement et de la culture, ni pour augmenter les salaires, nii pour financer de nouvelles dépenses collectives, ils ne leur reste évidemment plus quà gonfler les réserves des détenteurs de capitaux qui ont réussi à persuader tout le monde y compris eux même, que le mérite des réussites des pays du Nord leur revient. Quand on sait qui finance la science économique, le consensus qui règne actuellement chez les macros-économistes concernant les vertus illimitées de la baisse du coût du travail étonne moins; la prégnance du modèle élémentaire de détermination de la demande de travail et la domination de limaginaire libéral sont un élément important de l explication, estime la fondation Copernic (25); mais la crédibilité politique des allègements de cotisations sociales reposent sans doute sur leur capacité à créer un consensus de politique économique entre économistes néo-keynésiens soucieux de préserver des outils de cohésion sociale et les libéraux désireux de réduire à tout prix le coût du travail et daccroître la rentabilité du capital ; de la même façon, les partisans de limpôt négatif rassemblent aujourdhui des sociaux-libéraux soucieux daccroître le pouvoir dachat des salariés au bas de léchelle sans augmenter les coûts des entreprises, et des libéraux, qui y voient le cheval de troie de la déréglementation complète du marché du travail. Toujours estil que ce genre de travaux, encensés par le Medef (Mouvement des Entreprises de France) et labellisés Insee (Institut Natioanl des Statistiques et des Etudes Economiques ) font autorité en dépit de leur faiblesse scientifique: ils présentent en effet lavantage de conforter le discours selon lequel le chômage serait avant tout le résultat dune grande exigence des travailleurs, dun SMIC et dun RMI trop élevé, démonstration qui va à lencontre de lévidence de ces dernières années et implique, juge la fondation COPERNIC dun avilissement de la démarche scientifique en économie. Baisse des coups Emilio Gabaglio, secrétaire general de la Confédération Européenne des Syndicats, osait remarquer récemment (28), que les droits syndicaux sont formulés de telle façon que leur portée sen trouve amoindrie, aucune perspective nétant donnée aux chartes pour lui donner une légitimité contraignante dans chaque pays et chaque entreprise: quimporte le statut du texte, pourvu que tous en veuillent bien, telles sont les sirènes fatalistes qui baignent les politiques. Il ne faudrait donc pas se faire dillusions quant aux édifications actuelles dune fausse fenêtre sociale constituée de vagues recommandations sans caractère contraignant. La mise en place de structures syndicales de dimension Européenne est pourtant aussi vieille que la construction Européenne; mais la déchirure de la guerre froide a frappé de plein fouet les syndicats, les dirigeants syndicaux communistes percevant lEurope fondée sur laide Américaine du plan Marschall comme une agression politique et économique envers lUnion Soviétique (29). Les 2 courants syndicaux sociaux-démocrates et sociaux-chrétiens constitueront certes une structure de réprésentation auprès de chaque institution à dimension extra-nationale ou Européenne (Bénélux, OECE, Agence Européenne de productivité, Communauté Europénne du charbon et de lacier,
) mais un autre état desprit va sinstaller: la majorité de la classe Européenne ne les considère pas comme des interlocuteurs privilégiés et ils vont de voir endurer une marginalisation croissante au sein du système décisionnel communautaire. En 1973, se crée la Confédération Européenne des Syndicats (la CES, regroupant tous les syndicats sociaux démocrates de l Europe de lOuest souvrant rapidement à leurs homologues communistes, au fur et à mesure quils prennent leurs distances avce Moscou, et sociaux chrétiens. Depuis, la CES regroupe 74 confédérations nationales provenant de 34 pays et représente 60 millions de syndiqués. Mais ce regroupement na toujours pas permis de créer un rapport de forces favorable au sein de lUnion européenne. Cest, explique Corinne Gobin,chercheuse à lInstitut dEtudes Européennes (29), quel le syndicalisme pratiqué au niveau communautaire reste laffaire dexperts et de dirigeants, « la mobilisation de la base restant du domaine du virtuel faute de tentative sérieuse de la déclencher ». FrankFURET |
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