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Privatisations Le mouvement de privatisations en Europe a relevé d'une véritable furie néo-libérale. Entre 1985 et 1995, on peut estimer à environ 200 milliards de dollars les recettes de privatisation en Europe. Elles représentent 100 milliards au Royaume-Uni, 35 en France et 17 en Italie . Le Royaume-Uni est le pays où le mouvement a commencé le plus tôt, avec l'arrivée au pouvoir de Mme Thatcher en 1979. La part du secteur public dans le PIB est passé de 9 % en 1979 à 2 % en 1997. La France a pris le relais entre 1986 et 1988 lors du retour de la droite qui a privatisé de grands groupes comme Elf, Saint-Gobain, Paribas, Alcatel et la Société générale. Le mouvement a été freiné par le krach d'octobre 1987 puis interrompu par le retour de la gauche en 1988, sans qu'il y ait d'ailleurs renationalisation. Le balancier est reparti vers les privatisations avec le retour de la droite en 1993. C'est également à cette date que le mouvement a démarré en Italie et de manière générale en Europe. Légitimations Dans la rhétorique des partisans de la privatisation, l'argument destiné à les légitimer aux yeux du public et du politique a souvent été celui de l'efficacité, avancé comme une évidence: le bureaucratisme public serait, par nature, " incapable d'incorporer les mutations technologiques et les impératifs de la concurrence " . Hypothèse qui serait validée par l'échec des économies et d es sociétés bureaucratisées. Au regard de l'expérience des privatisations, il n'existe pourtant aucune corrélation entre le degré supposé d'inefficacité et l'ardeur mise à privatiser, remarque Michel Husson (2). Mais force est de constater que telle aura été leur fonction. Efficacité des privatisations Partout on privatise des services publics qui fonctionnent bien. L'efficacité des privatisations est tout à fait discutable. Les trains allemands, par exemple, n'étaient pas réputés pour leur mauvais fonctionnement. Depuis leur privatisation, leur inefficacité est devenue proverbiale, et est très logiquement, comme celle des trains Hollandais, peu évoquée dans les médias
Privatisation=baisse des prix? Entre avril 2000 et 2001, un institut indépendant Britannique ( National Utility services) , spécialisé dans l'eau et l'énergie relevait que dans un premier temps, la déréglementation avait provoqué de fortes baisses de prix, mais une fois les prix planchers atteint , qu'ils étaient remontés automatiquement ; au final il n'est absolument pas certain que l'ouverture des marchés profite au consommateur, comme la propagande le laisse entendre : même le président de Gaz de France reconnaissait récemment que le client final n'avait rien à attendre d la libéralisation (voir libé du 22 janvier 2002) . Selon Daniel Brélaz (3) les scénario classique est le suivant: les petits consommateurs bénéficient d'une baisse des prix insignifiante ( une étude du Bureau International du travail sur la privatisation des services publics reconnaît que la privatisation et la libéralisation des services publics ont des effets plus favorables pour les grand s consommateurs industriels que pour les ménages; de plus, ce qu'ils paieront en moins au début, ils risquent de devoir le payer ensuite en impôts supplémentaires puisque une partie des bénéfices des entreprise publiques alimentaient les caisses des collectivité s publiques, ce qui ne sera plus le cas; enfin, une fois la libéralisation totale effectuée , les prix reprendront rapidement l'ascenseur, les effets de la libéralisation sur les prix ne durant que 3 à 5 ans, comme on l'a constaté dans, tous les pays qui ont libéralisé depuis plusieurs années. Plusieurs causes concourent à ce retournement dans l'évolution des prix . Outre les interventions des instances régulatrices ( qui ont souvent promis à l'électeur
), dans une 1ere phase, on peut s'attendre à des politiques de prix agressives pour casser les reins des concurrents et les éliminer du marché pour les racheter; mais ces politiques de dumping ont des limites: à partir d'un certain degré de concentration d'une poignée de groupes multinationaux dominant le marché, ceux-ci Le marché consacrant la loi du plu fort, privilégiant les profits et les traitements princiers des managers sur les salariés, on voit mal l'intérêt général se profiler derrière son implémentation. Pour d'aucuns, l'ouverture à la concurrence des secteurs d'intérêt général, débouche à terme sur le monopole , mais sur un monopole privé axé sur le profit : que ce soit dans le domaine de l'électricité ou dans les autres, la libéralisation favorisera la concentration du capital et la privatisation des entreprises. L'AGCS, l'Accord Général sur le Commerce et les Services, soutenu à fond par Pascal Lamy, commissaire Européen, est d'abord et surtout un instrument bénéficiant au monde des affaires, estime Philippe Frémeaux,(4) Par l'AGCS successeur de l'AMI, l'OMC s'attaque selon beaucoup à la base même de toute législation sociale et s'apprête à livrer aux firmes transnationales les secteurs vitaux d'intérêt collectif En plus de l'enseignement, l'AGCS a aussi des vues sur la santé où l'intervention publique s'opère à 2 niveaux: dans les mécanismes de financement assuranciel ou pris en charge par l'impôt permettant d'offrir un service gratuit ou de solvabiliser la demande (remboursement total ou partiel des soins) ; dans l'offre de soins elle même(Hopitaux publics). En Europe, les mécanismes de financement sont partout publics ou gérés par des partenaires sociaux, alors que l'offre de soins, fait largement appel au secteur privé. Une part considérable des soins de santé est conscacrée aux médicaments dans les pays du nord, secteur où seul le privé est présent, même s'il profite largement des découvertes faites par la recherche publique. L'industrie pharmaceutique est un des secteurs d'activité qui connaît une vive croissance doublée d'une rentabilité fabuleuse. Les grands labos défendent becs et ongles leurs droits de propriété intellectuelle :ils peuvent ainsi défendre des prix élevés et un modèle économique très coûteux pour la collectivité dans les pays riches et scandaleux dans la mesure où il ferme l'accès au traitement dans les pays pauvres, y créant de surcroît des conditions de contrefaçons très dangereuses. L'argument de l'amortissement des dépenses est un bien mauvais prétexte, le prix des médicaments finançant en fait outre des profits colossaux destinés aux actionnaires, des dépenses de marketing exorbitante (3 fois le budget de la recherche et du développement selon Fremeau, pour les grands labos US) ; bref le prix des médicaments n'a pas grand chose à voir avec leurs coûts réels, même en y incluant l'amortissement des dépenses de recherche. En 1995 , le Massachussets Institute of Technology à Boston a d'ailleurs découvert que sur les 14 médicaments les plus prometteurs aux yeux de l'industrie pour les 25 dernières années, 11 trouvaient leur origine dans des travaux financés par l'état (Le Xalatan, par exemple, traitement du glaucome et qui a fait 507 millions de $ de chiffres d'affaires en 1999, a été découvert grâce à une aide publique de 4 millions de $ à l'Université de Columbia; le New York Times estimant d'ailleurs (5), que les contribuables n'ont récolté aucun bénéfice financier de leur investissement. Mais l'AGCS souhaite manifestement libéraliser les services sensibles, non seulement dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'environnement et de la culture mais aussi dans les postes ou les transports sans avoir top l'air d'y toucher et ne pas alerter l'opinion avant qu'il ne soit trop tard (6); pour ce faire il suffit de reclassifier les catégories de services en les faisant glisser sur les listes existantes, en les rendant plus étroites ou en créant des sous catégories: on assiste ainsi à une véritable métamorphose d s catégories dans les secteurs où les gouvernements sont les moins engagés et qui sont les plus sensibles politiquement et la gestion des hopitaux , par exemple, ne relèvera plus de la santé mais du " traitement informatique " celui de la sécurité sociale pourrait relever du management : une règle approuvée pour les services de comptabilité s'appliqueraient automatiquement à l'ensemble des 160 sous domaines répertoriés; ouvrir le marché comptabilité et la gestion de base de données pourrait mener à ouvrir tous les autres, que l'on considère ou non la santé et l'éducation comme des " marchés "la commission européenne s'est bien sûr déclarée favorable à cette approche horizontale. Les principaux bénéficiaires de l 'extension de l'AGCS seront les firmes très mobiles au plan international, pas les citoyens ni l'environnement; si le régime de l'AGCS est élargi les investisseurs auront un accès facilité vers les pays étrangers qui posséderont de nouveaux outils très puissants pour lutter contre toute tentative de régulation de leurs activités. La santé (3500 milliards de $ par an dans le monde), l'éducation (2000 milliards de $) et l'eau (1000 milliards de $ sont en train de se révéler comme les plus lucratifs de tous les services. Le principal responsable de Columbia/HCA, l'entreprise hospitalière à but lucratif la plus grande au monde basée aux USA, insiste sur le fait que la santé n'est pas différente de l'industrie des roulements à billes et affirme vouloir détruire tous les hôpitaux publics en Amérique du Nord. Des géants Français comme Vivendi et Suez-Lyonnaise des eaux travaillent main dans la main avec la banque mondiale pour amener les gouvernements du tiers monde à privatiser leurs services de l'eau. (7) L'axe central des offensives néolibérales est bien de chercher à " remarchandiser " un certain nombre de biens et services dont l'offre est socialisée ou mutualisée. Le refus de cette régression passe donc automatiquement par une refondation de la notion de service public. Sa légitimité reposerait explicitement sur la satisfaction des besoins sociaux et cette nouvelle définition inclurait forcément une dimension de démocratisation et de contrôle des usagers. Si cette dynamique s'engage, un autre approfondissement devient alors possible, celui d'une redéfinition des formes de propriété. En France, on commence à évoquer une renationalisation de l 'approvisionnement en eau, pour couper court à la hausse des prix et à la corruption. La question de la propriété
L'exercice d'une maîtrise sociale collective, citoyenne sur les conditions des échanges commerciaux entre les peuples comme sur l'organisation du travail et la satisfaction des besoins sociaux urgents suppose qu'on cesse de considérer la question des formes de propriété des moyens de production de communication et d échange comme une question taboue, une question que la faillite et l'effondrement de la propriété d'état organisée de manière bureaucratique, auraient enterré une fois pour toutes. Pour éviter l'impasse, il va donc falloir se réattaquer politiquement et théoriquement à la question de la propriété; si les formes de propriété sont une question légitime pour la capital mais une question devenue tabou pour le monde du travail. La bourgeoisie mondiale dans ses différentes composantes nationales et sectorielles ne fait pas de mystère continue, Chesnais, quant à l'importance que les formes de propriétés du capital revêtent pour elle; les grands groupes industriels et financiers, les médias à leur service et les institutions internationales du capitalisme n'ont cessé de lancer campagne sur campagne contre ce qui reste de propriété publique; ils réclament des gouvernements le démantèlement et la privatisation de tous les secteurs, notamment dans les services, qui échappent à la valorisation directe du capital et cela même dans les cas où la propriété publique a servi pendant un demi-siècle de soutien permanent à l' accumulation de capital. Ils s'intéressent donc vivement à l'extension de la propriété privée ainsi qu'aux formes de celles-ci qui satisfont la capital financier (9) Un tabou à reconsidérer ? La question des formes de la propriété reste au cur de la stratégie de main mise des fonds de pension et de placement financier sur les entreprises ; depuis des années on a assisté au sein même de la sphère du capital privé , à une transformation complète dans la définition même de la propriété, des droits qui lui sont afférents et des attentes légitimes des actionnaires en termes de rentabilité. Les marchés secondaires de titres sont devenus le terrain de batailles entre de puissantes coalitions de capital financier, le levier de la centralisation et de la concentration accélérées des entreprises et un des instruments essentiels des privatisations. Enfin, dans le cadre de la mondialisation, l'institution de la propriété privée est un vecteur de destruction des industries et des agricultures d es pays les moins " compétitifs " ; dans le cadre de la mondialisation , les formes le plus concentrées d'appropriation privée d es moyens de production ont tout loisir pour détruire les formes antérieures de cette propriété, ainsi que les entreprises plus faibles financièrement. En ouvrant à la pénétration de tous les marchés par les groupes les plus puissants , la mondialisation du capital a conduit à une accélération de la destruction et à l'expropriation d'une grosse partie de la petite propriété artisanale ou paysanne: ce qui est considéré comme une abomination quand il s 'agit de renforcer le secteur public au compte de la collectivité devient une expression des " lois naturelles de l"économie " et un " bienfait économique " quand elle est le résultat de la libre concurrence. La question de la propriété doit cesser d'être taboue, conclut Chesnais; mais ceci dit la propriété collective est une imposture si elle ne s'accompagne pas de formes de gestion et de contrôle collectif et démocratique véritable: c'est là et non dans une essence " naturellement vouée à l"immobilisme et à l"inefficacité " que s'est située la vulnérabilité des entreprises et institutions du secteur public dans les pays Européens Frank Furet
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