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Ce système est insatisfaisant dans la mesure où ces représentants ne rendent jamais de comptes à leurs électeurs quils ne pourraient dailleurs pas consulter puisquils ne les connaissent pas, le vote étant secret. Les électeurs de la démocratie représentative ne dirigent la politique de leur pays que très indirectement, nétant consultés que très rarement, et ce système génère actuellement un sentiment de frustration et la recherche dautres modes dorganisation permettant daméliorer la démocratie. En Belgique, on a beaucoup parlé de la technique du referendum, mais les réformes nécessaires nont pas été enclenchées. Au Brésil, un nouveau concept de démocratie participative a vu le jour et connait plusieurs réalisations concernant la gestion de grandes villes, dont la plus célèbre est Porto Alegre.
Le Brésil est un énorme pays de plus de 160 millions dhabitants qui est une des dix puissances économiques mondiales, mais dont la structure sociale se caractérise par des disparités énormes dans la répartition des richesses, ce qui en fait seulement le 68e selon lindicateur de développement humain du PNUD. Sur le plan politique, il a vécu une dictature militaire qui débuta en 1964 et seffaça progressivement au début des années 80. Par ailleurs, depuis le XIXe siècle sy est implanté un clientélisme de grande ampleur mêlé de corruption jusque dans les bas niveaux de ladministration, particulièrement dans les quartiers populaires et les favelas, où les associations de quartier permettaient à un leader local de monnayer les votes des habitants contre un investissement dans le quartier, un emploi ou une aide sociale. Les mobilisations politiques à grande échelle obéissaient dans ce contexte au modèle du leader charismatique populiste qui sadresse directement aux électeurs et organise son mouvement de façon autoritaire. Porto Alegre est la capitale de létat du Rio Grande do Sul, un état plutôt favorisé; cest une ville dun million trois cent mille habitants, peuplée en majorité de descendants dimmigrants européens qui jouit dun fort taux dalphabétisation et dune répartition des richesses moins inégale que dans le reste du Brésil. Le PT La fin de la dictature a vu lémergence dun nouveau parti de gauche, le parti des travailleurs (PT). Ce parti est issu de trois courants principaux Simplantant dabord au niveau local et à lécart des structures institutionnelles (bien que son leader Lula, issu du courant syndical, aie failli remporter lélection de 1989 contre Fernando Collor), il est en position actuellement de jouer un rôle important au niveau fédéral. Aux élections municipales de 2000, il a notamment repris la capitale, Sao Paulo, ainsi que 187 villes de plus de 200.000 habitants. Une des raisons de ce succés est la réussite des expériences de gestion participative quil a menées dans les municipalités où il était au pouvoir. La gestion participative Depuis la révision constitutionnelle de 1988, la Constitution brésilenne définit le Brésil comme une démocratie représentative et participative. Son article premier établit que tout le pouvoir émane du peuple, qui lexerce au moyen de ses représentants ou directement. Par ailleurs, lorganisation du pays est décentralisée vers les états fédérés et les municipalités qui fixent le taux dimposition locale et jouissent dune importante autonomie organique et financière. Parallèlement à cette évolution institutionnelle fut réalisée une décentralisation des moyens financiers, ce qui donna un enjeu aux procédures de participation en train de se mettre en place, alors quauparavant les marges budgétaires étaient inexistantes, 97 à 98 % du budget de la ville de Porto Alegre, par exemple, étant consacré aux traitements du personnel municipal.
La technique de démocratie participative qui a été mise en place par le PT à Porto Alegre est un modèle pragmatique et évolutif, constamment réévalué et adapté. Premièrement, une structure participative pyramidale est organisée à partir dune division territoriale de la ville en secteurs (au nombre de 16). Des réunions ouvertes à tous ont lieu par quartier pour lélaboration des projets des habitants, sans contrôle du pouvoir politique. Ensuite, les assemblées plénières de chaque secteur élisent des délégués qui élaboreront, pour chaque secteur, la liste des projets et leur priorité. Par ailleurs, des réunions thématiques par quartiers puis à léchelle de la ville sont organisées (les six thèmes sont: circulation et transports; santé et assistance sociale; culture, éducation et loisirs; développement économique et imposition; organisation de la ville; développement urbain et social). Le Conseil du budget participatif est léchelon supérieur de la pyramide. Cest linterlocuteur du bourgmestre pour lélaboration du budget. Il supervise en outre le fonctionnement de la structure participative et en détermine le mode de fonctionnement: choix des secteurs et des thèmes, critères délection des délégués, répartition des ressources, etc.Lorganisation municipale La municipalité fournit linfrastructure logistique des réunions du Conseil du budget participatif ainsi que des formations sur le budget communal et tous les documents nécessaires. La structure des services communaux a été adaptée en vue de permettre la participation: Ladministration communale fonctionne sur le mode présidentiel: le bourgmestre est élu au suffrage universel direct et cest lui qui désigne les principaux responsables de ladministration. Le conseil communal, élu également au suffrage universel, nest pas nécessairement dominé par le même parti. Les mécanismes juridiques déterminant les décisions en cas de désaccords entre le Conseil communal et le bourgmestre donnent un rôle prépondérant à ce dernier. Lassemblée plénière des habitants de chaque secteur détermine la priorité de chaque type dinvestissement en lui attribuant une note de 0 à 4, soit en additionnant les priorités obtenues par ce thème dans les microsecteurs, soit, pour les cas litigieux, par débat suivi dun vote. Ces notes sont additionnés à léchelle de la ville pour former, de manière purement arithmétique, une première matrice déterminant la priorité de chaque type de dépense par rapport aux autres. Cest ainsi que sont décidées les grandes orientations budgétaires de la ville. A laide de cette première matrice, ainsi que des résultats des assemblées thématiques, des budgets nécessaires à la continuité des services publics et de ceux des investissements pluriannuels, le GAPLAN élabore le projet de budget, qui répartit les dépenses entre les administrations municipales. Celui-ci est soumis au bourgmestre puis présenté devant le Conseil du budget participatif pour y être voté après amendements éventuels. Ensuite, il faut répartir géographiquement les investisements décidés. Deux séries de paramètres chiffrés sont utilisées: La combinaison de ces trois matrices de paramètres permet dobtenir les sommes allouées à chaque secteur pour chaque poste budgétaire. Tous les ans, un nouveau budget est ainsi élaboré, après que lexécution du budget de lannée précédente ait été analysée, et que les critères de répartition ainsi que lorganisation du processus participatif aient été rediscutés. Le taux de participation Ils sont en croissance constante depuis le début du processus en 1990, mais les participants ne représentent que de 1,5 à 6% (selon les secteurs) de la population. Les femmes et les jeunes sont fortement représentés dans les structures de base, moins dans les structures supérieures. La représentation des couches populaires est plus élevé que leur poids démographique. Plus on séléve dans la structure, moins les femmes, les personnes de moins de quarante ans et les personnes peu scolarisées ou de milieu social défavorisé sont représentées. Les résultats Les réalisations de travaux dinfrastructures de base dans les quartiers populaires ont été très importantes: asphaltage des routes (ce qui permet les transports publics, la mobilité en vue de lexercice dun emploi, la collecte des ordures, etc.), eau courante (99 %), tout à légout (84 % en 1999 soit le double de 1990). Dans le domaines des services et de léducation, le nombre de crèches municipales a triplé. Le nombre denfants scolarisés dans les établissements municipaux a presque triplé. Au niveau économique, leffort sest tourné vers les microentreprises et léconomie solidaire. Il ny a pas eu de grands chantiers. Conclusion Lexpérience de gestion participative de Porto Alegre suscite un grand intérêt dans le monde et sinsère dans une dynamique de recherche propre à lAmérique du Sud. Il est trop tôt pour juger si de tels processus sont généralisables à plus grande échelle, en particulier pour la gestion dun état. En tous cas, ses succès suscitent un enthousiasme qui dépasse les cercles de gauche puisque la Banque Mondiale sy est vivement intéressée et lui a accordé des prêts à des taux avantageux. Catherine Van Nypelseer
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