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Un grand travail inutile? Selon le comité Flagey, lutilité du bassin na pas été démontrée: les fortes pluies de ces derniers mois nont pas provoqué dinondations, et ce grâce aux améliorations apportées au réseau d'égouts en 1998. Bien que des pluies abondantes aient provoqué des inondations graves en Belgique fin 2001, pas un égout na alors débordé dans le quartier Flagey. Les dernières inondations remontent à de longues années et ne sont survenues quà loccasion de très fortes pluies à occurrence décennale, la situation sétant très nettement améliorée depuis la réalisation de louvrage sur le collecteur de la rue Gray et les travaux de mise à légout et de protection contre le refoulement des eaux. Les archives des services dincendie de la Région remontent à 1985. Elles ne contiennent aucune trace «dinondations importantes ayant entraîné des interventions significatives dans le quartier de la rue Gray». Les experts de la Région de Bruxelles- capitale reconnaissent eux-mêmes que, malgré cet investissement de 1,05 milliard de francs belges, le bassin nempêchera ni les inondations dues aux crues décennales ni celles dues aux pluies trentenaires. Ce projet relève dune conception battue en brèche de la gestion de leau, dont lapplication dépasse largement le cadre communal. Même si lobjectif avancé pour justifier ce chantier est de résoudre définitivement les problèmes dinondations locales, son rôle ne sera optimisé, selon ses concepteurs mêmes, quen prenant en compte lensemble des ouvrages relatifs à la gestion des eaux pluviales au niveau de la région bruxelloise.
Nuisances Officiellement, la place Flagey est partie pour quatre années de travaux, daucuns estimant quau vu dautres expériences, il faudrait en compter au moins six; pollution, saleté, bruit extrême, décor sinistre, pertubation importante du trafic: toutes ces nuisances risquent de donner le coup de grâce à un quartier déjà en mauvaise santé. Cest bien dune nouvelle dégradation quil sagit, qui entraînera le départ dhabitants. Ce chantier présente aussi des risques pour les habitations et les habitants: vibrations entraînant des dommages, passages de camions, risque dinfiltrations deau, accidents similaires à ceux qui se sont déjà produits lors de la construction des bassins dorage à Auderghem (où un immeuble a dû être abattu) et à Woluwé Saint-Lambert (inondations consécutives à un dysfonctionnement technique). Selon les informations récoltées par la commune, le chantier aurait, depuis son ouverture toute récente, accumulé déjà 56 jours de retard! Ceci laisse prévoir, non pas quatre ans de calvaire, mais bien plus (comme ce fut le cas à Auderghem et Roodebeek). Pour le comité Flagey, le véritable enjeu est celui-ci: dinterminables années de nuisances très lourdes vont dépeupler un quartier (« le cur dIxelles ») dont la santé socio-économique sest déjà dégradée dramatiquement ces dernières années. Un quartier populaire qui a besoin dune revitalisation durgence sera au contraire condamné à la paupérisation, à lenlaidissement et à linsécurisation.
Etudes préliminaires Selon le comité Flagey, les études préliminaires des risques ont été totalement lacunaires.Les études commandées par la Région et le comité Flagey révèlent que les terrains sont de mauvaise qualité. La configuration en vallée du quartier et le fait que la majorité des rues soient en pente rendent la réalisation du chantier et la circulation de convois lourdement chargés plus périlleuses.De manière générale, les études des terrains concernés par ce chantier réalisées à ce jour sont incomplètes et insuffisantes: aucun test na été réalisé pour voir quel était le seuil de résistance aux vibrations des immeubles environnants et des voiries concernées. Plan global de revitalisation Aucun projet global de revitalisation na été appliqué au quartier Flagey. La situation socio-économique du quartier se dégrade. Pour le comité, il faut lui rendre une image dendroit où il fait bon vivre. Il faut encourager lamélioration du bâti, la réfection des façades, lattractivité des lieux culturels et commerciaux, réaménager la place, créer des aires de jeux et de sport. Cela ne peut coexister avec de longues années de bruit, de pollution dans un décor hideux de grilles et de machines. Depuis le début des travaux de la phase préparatoire, la fréquentation de la place et de ses commerces a déjà très sensiblement diminué. Le comité Flagey réclame une enquête actualisée sur la situation des habitants qui subissent des inondations, des propositions à court terme adaptées à la situation telle quelle existe actuellement, un plan particulier de protection et dindemnisation prenant en compte les problèmes que connaîtraient les habitants en cas dinondation, une réelle concertation avec les habitants, un moratoire sur les travaux du bassin dorage pendant la durée duquel des alternatives seront étudiées avec le soin que lampleur du problème mérite, et enfin, lorganisation, autour de cette réflexion, dune Table Ronde ou autre concertation à haut niveau sur le problème de leau en Région de Bruxelles Capitale, concertation suivie et entendue par le pouvoir régional. Sinuosités Le découpage du dossier, les nombreux permis durbanisme pour des chantiers annexes essentiels au bon fonctionnement du bassin non encore délivrés ni même demandés, les motivations cachées comme la réalisation dun parking (initialement de 245 places puis de 320 places) maquillée de façon juridiquement et moralement discutable sous les termes de «construction dun vide technique», ne font que renforcer le sentiment citoyen davoir été floué. La commune a certes clairement précisé que le nouveau projet de réaffectation des bâtiments de lINR dépendait de la réalisation de ce parking. Pour le comité Flagey, ce projet aurait dû être lobjet dun débat public indépendant avec la participation des citoyens, et être intégré dans des questions plus générales de la mobilité en ville. Sous-information Au comité Flagey, on estime également que linformation et la concertation publiques ont été totalement lacunaires; on a détourné lattention des gens les plus attentifs à ce dossier, déjà accoutumés aux nombreux changements davis des instances publiques dans ce projet.La volonté de réaliser en sus un parking souterrain a été masquée par le marketing concernant «les problèmes dinondations locales». Les personnes habilitées à traiter ce genre de dossier se sont trouvées dans lincapacité de se prononcer faute davoir obtenu les éléments essentiels à son évaluation.Publication incomplète réalisée en 1999 par la commune dIxelles et jamais suivie par les informations supplémentaires pourtant promises, distribution incomplète dans le quartier, renvoi des responsabilités à la Région bruxelloise par le site Internet de la commune, soirée dinformation publique organisée par la commune en février 2002 qui a bien failli être confidentielle (cest le comité Flagey qui a dû diffuser linformation), réponses floues ou absentes des responsables politiques, absence de réaction aux lettres envoyées par les citoyens à la commune Flous La Commission de concertation a, en 1999, estimé le dossier douteux et imposé de nombreuses conditions pour loctroi du permis durbanisme; certaines de ces conditions ne sont pas encore respectées: états des lieux contradictoire des immeubles, état des équipements et installations (voiries, égouttage...), notamment.LAATL-SMS (Administration de lAménagement du Territoire et du Logement - Service des Monuments et Sites) estime quil y a trop dinconnues en ce qui concerne le projet Flagey et sest donc abstenue de donner un avis; lIBGE (Institut Bruxellois pour la Gestion de lEnvironnement) sest également abstenu, faute de conclusion de létude dincidences et constate quaucun plan de verdurisation na été proposé et quil ny a pas de plan de gestion global de la place. Action en justice Au vu des lacunes des études et de linformation du public, le comité Flagey a intenté une action en justice pour tenter darrêter les travaux, déjà bien entamés, tous les arbres de la place ayant notamment été abattus, les conduites (eau, gaz, électricité...) déviées et les murs emboués construits. Il a été débouté de son action en référé devant les tribunaux judiciaires, mais trois habitants n'appartenant pas au comité ont introduit un recours au Conseil d'Etat, ce qui a eu pour effet à suspendre la poursuite des travaux dans l'attente de la décision de la haute juridiction administrative. Frank Furet |
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