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Les brèves d'avril

 

 
 
 

Sources,  biblio

Nicolas Hulot : «Nos écogestes ne sont pas à la hauteur des enjeux», Terra economica, 31 mars 2009

Coca-Cola se fait remballer en Chine, Gresea, 23 mars 2009

«Lettre ouverte du LEAP aux dirigeants du G20», publiée en anglais dans l'édition mondiale du Financial Times le 24 mars 2009

«Nationaliser les banques»,  Serge Halimi, Le Monde Diplomatique, mars 2009

«Main basse sur les terres agricoles», Grain.org, 20 novembre 2008

 

 

 

Frank FURET

Banc Public n°179,

Avril 2009

 

 

Les conseils du LEAP

Le  LEAP (Laboratoire Européen d’Anticipation Politique), dès Février 2006, avait annoncé que le monde entrait dans la «phase de déclenchement» d’une crise d’ampleur historique, anticipant ensuite d’une manière très fiable les évolutions de la crise dans laquelle le monde entier se débat. En février 2008, le laboratoire annonçait le crash pour septembre 2008, suscitant l'ironie condescendante de la plupart des «experts» et «responsables» du monde économique et financier.

Pour le LEAP, «le moteur est cassé», sans espoir de réparation: rajouter de l’essence risque fort de ne pas servir à grand-chose, c’est un nouveau moteur qu’il faut construire. La crise est de dimension historique et soit on entreprend au plus vite des changements radicaux et on raccourcit considérablement la durée de la crise et ses conséquences tragiques, soit on refuse les changements radicaux en tentant de sauvegarder l’existant et on ne réussira qu’à prolonger durablement la crise et accroître toutes ses conséquences négatives.

 

 

La clé de la crise actuelle se trouve, toujours selon le LEAP, dans la réforme du système monétaire international hérité de l’après-1945 afin de créer une nouvelle devise internationale de référence, étant donné que le Dollar américain et l’économie des Etats-Unis ne sont plus en mesure d’être les piliers de l’ordre économique, financier et monétaire mondial.

Ensuite, il faut contrôler l’ensemble des banques au plus vite et mettre en place d’ici la fin 2009 un système de contrôle à l’échelle mondiale qui supprime tout «trou noir». Il faut trancher vite et nationaliser au plus vite quand il le faut. Enfin, il est indispensable que le FMI remette au G20, au plus tard, en juillet 2009, une évaluation indépendante des trois systèmes financiers nationaux au cœur de la crise financière: ceux des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Suisse.

Nicolas Hulot et les équations actuelles.

Faut-il relancer la machine économique par la consommation ? Est-ce compatible avec une démarche de développement durable? En nous mettant dans l’obligation de croître sans cesse, le système nous met dans l’obligation d’une croissance économique, financière et matérielle qui n’est pas tenable dans un monde physiquement clos et limité.

Pour Nicolas Hulot, nos «écogestes» actuels ne sont pas à la hauteur des enjeux.  Il faut, pour lui, investir pour que l’économie tourne, mais sur la base de critères drastiques, en privilégiant l’économie immatérielle. Il va falloir réguler, voire tarir, certaines consommations, comme celle du poisson ou celle des automobiles polluantes, en interdisant par exemple les voitures dont les émissions de CO2 dépassent 50 ou 80 grammes par kilomètre. Parallèlement, certaines consommations élémentaires doivent être encouragées. Comme celle de l’alimentation biologique, qui doit atteindre un seuil critique.
Concernant la crise financière, il estime aussi que l’on en  ne peut pas passer son temps à s’endetter pour rembourser la dette, au détriment des enjeux écologiques et sociaux. La crise démocratique actuelle vient aussi du fait que le pouvoir est entre les mains d’intérêts financiers privés. Il s’insurge contre le fait que le dépôt d’argent profite toujours aux mêmes et jamais au plus grand nombre. Pour lui, le crédit pourrait tout à fait relever des Etats et non plus d’entreprises privées: le crédit doit devenir une forme de service public.

Nationalisation des banques

Avant la néo-libéralisation,  on parlait, dans les milieux banquiers,  de la règle américaine du «3-6-3»: emprunter à 3%, prêter à 6%, partir jouer au golf à 3 heures. Des systèmes bancaires nationalisés  impulsaient à bon compte l’expansion qui a suivi la seconde guerre mondiale.
Avec les années 80 débarquèrent  des notions comme la «diversification» la «prise de risque», le «décloisonnement». La loi américaine Glass Steagall de 1933 qui interdisait aux banques d’investir en Bourse fut reléguée à l’état d’archaïsme.

Les banques se mirent alors à investir dans de nouveaux placements, des «dérivés» de produits panachés à partir de créances qu’elles avaient elles-mêmes un jour «titrisées»... Elles prêtent toujours davantage, dans l’opacité et avec toujours moins de fonds propres. C’est le temps des bulles, des expansions sans fin, des pyramides financières, des salaires de pharaons, ce qui encourage de nouvelles fuites en avant.

Puis certains débiteurs des banques, ruinés et ne pouvant s’endetter davantage cessent de les rembourser. Résultat: dégringolade de l’immobilier, chute de l’activité économique, flambée du chômage. L’Etat, conduit par du personnel qui partage souvent les vues bancaires, veille sur leur sort.
Archaïque hier, la solution de la nationalisation des banques s’envisage aujourd’hui  par des parlementaires républicains aux Etats-Unis: même The Economist, un hebdo on ne peut plus libéral, s’est rallié à l’idée. Mais une fois assainies avec l’argent des contribuables, il faudrait, selon cette optique,  les rendre ensuite à leurs actionnaires.

Un peu d’histoire

Pour l’économiste keynésien James Galbraith, croire que l’extraction des produits toxiques qui bloqueraient les circuits de l’intermédiation financière, accompagnée par un plan de relance «classique», va suffire à relancer la «machine», est une hypothèse très optimiste. Imaginer la relance par le crédit une fois «réparé» le système bancaire, n’est qu’une illusion, et l’intervention de l’Etat devrait selon lui changer de dimension.

Galbraith rappelle l’ampleur des efforts déployés par Roosevelt pour enrayer la crise de 1929: la mobilisation sociale l’avait amené à réduire le temps de travail tout en augmentant les salaires, les allocations sociales et les droits des travailleurs, notamment en garantissant le droit de syndicalisation. Avec le New Deal, Roosevelt avait mis en place une réforme fiscale qui augmentait les prélèvements sur le capital; 60% des chômeurs employés par les grands travaux de l’Etat, un milliard d’arbres plantés, 2.500 hôpitaux, 45.000 écoles, 50.000 enseignants, 13.000 parcs et terrains de jeux, 7.800 ponts, plus d’un million de km de réseau routier et un millier d’aéroports construits ou rénovés. Sans oublier l’embauche de 3000 écrivains, musiciens, sculpteurs et peintres.... Roosevelt avait donné du travail aux Américains sur une vaste échelle, ramenant le taux de chômage à des niveaux qui étaient tolérables, même avant guerre, revenant de 25% en 1933 à moins de 10% en 1936. En 1937, lorsque Roosevelt a tenté d’équilibrer le budget, l’économie avait rechuté à nouveau, et en 1938 le New Deal avait été relancé. Cette fois encore, le chômage avait été ramené à environ 10%, dès avant la guerre.

Coca-Cola: “Taste the coke side of life”

Huiyuan Juice Group est le numéro un chinois du marché des boissons  désaltérantes, avec 42% de marché. En septembre 2008, Coca-Cola annonçait son intention de l'acheter, pour 1,8 milliard d'euros – c'est trois fois sa valeur en Bourse donc, une plus-value pour ses propriétaires actuels; mais les autorités de la concurrence chinoises ont, fin mars 2009, bloqué l'opération, justifiant leur décision par le risque d'un abus de position dominante limitant le choix des consommateurs, d'effets négatifs pour le tissu des PME actives dans le même secteur – et la disparition d'une marque nationale: c’est que 120.000 internautes chinois ont  protesté sur Internet contre la "coca-colisation" de la marque nationale. Les milieux d'affaires ont dénoncé la décision, la qualifiant de protectionniste et de peu susceptible d'encourager l'investissement étranger en Chine.

En 2004, à Plachimada, en Inde, la découverte de métaux lourds dans les déchets de l'usine Coca Cola, que la direction distribuait gratuitement comme engrais aux paysans des alentours avait  entamé l'image de la firme: c’est qu‘on avait constaté des taux élevés de plomb et de cadmium - substances cancérigènes  - dans les puits, dans les champs, et donc dans la chaîne alimentaire. Coca Cola avait  immédiatement rapatrié les «engrais» non utilisés, tout en continuant d'assurer qu'ils étaient inoffensifs. Mais  une autre usine sous-traitante avait confirmé la présence de ces substances toxiques. Dans cette région, appelée «grenier à riz», les rendements agricoles avaient diminué de 10%. Sous la pression populaire et en raison de la sécheresse venue encore aggraver la crise de l’eau, le chef du gouvernement du Kerala avait ordonné, le 17 février 2004, la fermeture de l’usine Coca-Cola.

En 2006, 57 tests sur des boissons produites par Pepsi Cola et Coca-Cola,  avaient conclu qu’elles  contenaient un niveau de résidus de pesticides «24 fois plus élevé que le niveau jugé acceptable» au plan international; affirmations démenties par les directions des groupes américains. Quatre Etats Hindous avaient néanmoins interdit ces boissons dans les établissements scolaires et les administrations. Les associations de défense de l’environnement dénonçaient également le pompage de l’eau par les compagnies américaines, au détriment des paysans.

Par ici,  les terres agricoles…

Les multinationales et les fonds spéculatifs, crise financière aidant, ont déserté les marchés dérivés pour se tourner vers le nouvel eldorado du marché foncier: «dans de nombreux endroits du monde, les prix alimentaires sont élevés et les prix des terres faibles», explique l’ONG Grain, une organisation non gouvernementale internationale dont le but est de promouvoir la gestion et l'utilisation durables de la biodiversité agricole fondées sur le contrôle exercé par les populations sur les ressources génétiques et les connaissances locales. «On peut donc clairement gagner de l’argent en prenant le contrôle des meilleurs sols, proches des ressources en eaux. La terre est devenue une ressource rare. Le changement climatique entraîne une désertification à un rythme accéléré, des centaines de milliers d’hectares de terres arables vont disparaître dans les prochaines années, la terre cultivée est épuisée, conséquence d’une agriculture intensive et d’un recours systématique aux engrais chimiques. Parallèlement, la demande de matières premières agricoles progresse, en raison de l’accroissement de la population mondiale, mais aussi de la modification des habitudes alimentaires». 
Les retours sur investissements sont évalués entre 10 et 40 % par an pour les fermes situées en Europe et peuvent atteindre 400 % en Afrique. Les petits paysans expropriés et les communautés autochtones réprimées sont les premiers à en subir les conséquences.

La rhétorique utilisée est celle du « gagnant-gagnant » qui valorise les politiques de développement. Or, ici, il ne s’agit ni de développement rural ni de souveraineté alimentaire mais de développement agro-industriel, qui «a engendré pauvreté et destruction de l’environnement et a exacerbé la perte de la biodiversité, la pollution par les produits chimiques agricoles et une contamination des cultures par les organismes génétiquement modifiés» estime le Grain.
La Banque mondiale et la Berd (Banque européenne pour la reconstruction et le développement), elles, conseillent aux gouvernements de modifier leur législation foncière pour que les investisseurs étrangers puissent acquérir des terres plus facilement.
Au niveau mondial, 4% des propriétaires fonciers sont à la tête de la moitié des terres cultivées. Pourtant, selon le Grain, une kyrielle d’études produites dans le domaine agricole ont prouvé que les petites exploitations sont plus rentables que les grandes exploitations industrielles.

Frank FURET

 

 

 


 
     
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