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Brèves

 

 
 
 

Les biocarburants provoquent des famines, Frédéric Courvoisier, géostratégie.com,  11 mars 2010

Ouf ! les Islandais ont dit massivement « non », Olivier Bonfond, Jérome Duval et Damien Millet , mondialisation. 17 mars 2010

Au Honduras, la normalisation par la guerre sale, Jean Ortiz, 1er avril 2010, Le Monde Diplomatique

Banque de la Poste, ex-pôle public bancaire belge? Xavier Dupret, Gresea, Décembre 2009

 

 

Frank FURET

Banc Public n°189,

Avril 2010

 

Bio carburants, OGM, profits etc…

l’UE veut couvrir d’ici à 2020 10% de ses besoins en carburants avec des «biocarburants», le Brésil espère que l’éthanol issu de ses plantations de betteraves sucrières concurrencera l’OPEP, et dans des pays tels que la Malaisie la forêt pluviale recule au profit des plantations de palmiers à huile dont les fruits doivent remplacer le diesel. De petites raffineries d’éthanol créées par des agriculteurs ont été achetées par Archer Daniel Midland, l’une des plus grosses firmes agro-alimentaires mondiales. D’énormes raffineries d’éthanol jaillissent du sol; sur le plan politique on parle désormais d’un «OPEP de l’éthanol» sud-américain. De grandes firmes pétrolières, automobiles, agroalimentaires et spécialisées dans les manipulations génétiques pratiquent un rapprochement: VW avec Archer Daniels Midland Company (ADM), l’une des plus grosses firmes transforma­trices de produits agricoles; ADM avec le géant du génie génétique, Monsanto; Monsanto avec BASF; DuPont et BP; BP et Toyota; Daimler Chrysler et Renault, Royal Dutch Shell, Sasol, Chevron, Neste Oil et Volkswagen. Syngenta projette de cultiver un maïs transgénique exclusivement destiné à la production d’énergie.

Les bio-carburants  rapportant plus que l'alimentation, de plus en plus de firmes s'essaient aux plantes «énergétiques» produisant des «biocarburants».Un recours illimité aux manipulations transgéniques et aux traitements chimiques ouvre des perspectives de profit presque sans précédent.

Pour Eric Holt-Gimenez, ex-collaborateur de la Banque mondiale et membre  du Food First Institute  « tout cela n’a rien à voir avec les énergies renouvelables, mais sert à prolonger l’économie pétrolière ».

L’industrie du génie génétique se frotte les mains à la vue du débat sur le climat: elle escompte, selon Holt-Gimenez que les plantes énergétiques OGM rencontreront beaucoup moins de résistance concernant  leur autorisation  que  celles destinées à l’alimentation humaine ou animale. Pourtant, les plantes énergétiques transgéniques se dispersent tout autant que les plantes transgéniques vi­vrières; les carburants sont produits à partir des trois plantes les plus manipulées génétiquement, et de loin: le colza, le maïs et le soja.

L’industrie essaie passe également des accords avec le monde scientifique: le géant pétrolier BP a ainsi passé un accord avec l’Université de Berkeley en Californie pour «la recherche d’énergies durables», lui versant au passage 500 millions de dollars.  «Je suis convaincu que toutes les plantes utilisées par les hommes seront un jour des plantes transgéniques» a aimablement  déclaré Chris Somerville, futur directeur de l’institut pour l’énergie et les sciences biologiques qui va être créé dans le cadre du contrat avec BP.

L’Europe ne dis­posant pas de surfaces arables en quantité suffisante pour couvrir ses besoins en carburants, les pays pauvres vont perdre des terres dont ils ont un besoin urgent pour se nourrir. Des centaines de milliers de petits propriétaires brésiliens ou colombiens ont déjà été chassés pour faire place à de gigantesques plantations de canne à sucre ou de soja. En 2006, le boom de l’éthanol  aurait contribué, rien qu’au Brésil, à chasser ou à déplacer par la force environ 40 000 familles de leurs terres. «The Guardian», respectable quotidien Britannique,  fait état de 200 000 travailleurs immigrés, véritables «esclaves de l’éthanol» qui à travers le pays travaillent dans les plantations de canne à sucre pour 100 dollars par mois.

Dans un article paru dans le «Correio Braziliense», Frei Betto, théologien de la libération brésilien, considèrait, il ya peu,  les agro-carburants comme des «carburants de la mort » :  pour lui, la récente frénésie de l’éthanol a déjà contraint les Brésiliens à dépenser, pour se nourrir, trois fois plus d’argent au cours du premier semestre 2007 que l’année précédente.

Quelques messieurs trop tranquilles…

Le braquage de banque est-il devenu un privilège réservé aux banquiers? Depuis une vingtaine d'années, les opérations de privatisation et de libéralisation se sont succèdées, justifiées par les professionnels de la communication  comme « de simples options de gestion  permettant la meilleure allocation possible des ressources », ou « de simples opérations de partenariat, dixit Guy Coëme». Ou par la doctrine de la Commission européenne stipulant que les entreprises publiques doivent travailler aux conditions du marché.

Dans la réalité, c’est bien à des prises de guerres stratégiques .et des projets discrets de société dont on ne pouvait apprécier les effets qu'à long terme que l’on a eu affaire, la classe politique de l’époque servant surtout à apaiser le personnel des banques et le public. L'élimination des établissements publics bancaires du paysage financier belge était, disait-on, « une nécessité afin de soulager les finances publiques ». Les socialistes ménageant leur doctrine et l’opinion de leurs ouailles, en parlant, comme Freddy Willockx ( SP) « de technique de « privatisation maîtrisée », qui consista, en ce qui concerne la CGER, à privatiser en 5 ans grâce à une stratégie des petits pas destinée à éviter les affrontements sociaux.

La CGER était une institution publique qui, après 1980, a été convertie en banque et a reçu un statut de banque privée. À peu près chaque Belge y avait un livret d’épargne. De même, la gestion des versements pour les pensions des travailleurs y était en de bonnes mains. Via les sociétés de crédit reconnues par la CGER, des prêts logement bon marché étaient consentis. Longtemps, les services bancaires sont restés en grande partie gratuits.

En 1999, la Caisse générale d'épargne et de retraite (CGER) s’est retrouvée  englobée dans le groupe Fortis, qui terminait alors d'avaler une proie dont elle contrôlait le capital depuis 1993. En 1995, c’est la banque belge de Crédit à l’Industrie qui était tombée dans le giron de Fortis par le biais de la CGER.

Le professeur émérite Piet Frantzen (VUB), ancien membre de la direction de la CGER, avait qualifié la cession de cette dernière d’arnaque du siècle". "En trois ans à peine, Fortis avait récupéré le prix de la transaction avec les seuls bénéfices de la défunte CGER" . A peine installée, la nouvelle direction exige 12% de rentabilité sur fonds propres. Vendre tout et n'importe quoi sans égard pour le client pourvu qu'on tire 12% de rendement, voilà en quoi a consisté l'apport du privé, raconte Marc Tarabella, un ministre socialiste affichant son repentir.

Pour Xavier’ Dupret, « l ’écrémage des institutions publiques de crédit est allé de pair avec l’apparition de toutes sortes de produits financiers qui ne servaient qu’à attirer le bas de laine des travailleurs vers le circuit de la spéculation bancaire. En même temps, le prix des services  augmentait systématiquement. Et les actifs étaient sous-évalués. Voilà pourquoi le passage de la CGER entre les mains de Fortis a constitué une juteuse affaire ».

L'évolution du Crédit communal a été similaire. En 1860, l'Etat belge s’était doté d'un outil de financement qui accorderait des crédits aux communes : le Crédit communal était fondé sous forme de société anonyme. Ses actionnaires seront les communes qui, pour emprunter à des taux préférentiels, doivent souscrire au capital de la nouvelle compagnie. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale une des plus importantes institutions financières du Royaume.

Mais progressivement, les activités du Crédit communal s’internationalisent et après l’union avec le Crédit Local de France (financement des collectivités locales françaises) donnent naissance au groupe Dexia, qui veut devenir leader mondial des services financiers du secteur public.

En 2000, Dexia Holding SA, acquiert la compagnie américaine Financial Security Assurance Inc. (FSA), filiale à 90% du Credit Local (France). Mais FSA ne va pas se limiter aux collectivités locales et, au contraire, étendra son champ d'activités aux crédits subprimes". La préférence pour les hauts rendements a amené la banque des communes à risquer le financement des pouvoirs locaux dans des opérations de haute voltige financière. Avec les conséquences que l’on sait.

Jacques Moden a réalisé étude sur les privatisations en Belgique : ses chiffres montrent que les privatisations n’ont pas œuvré à une amélioration des finances publiques belges. Les privatisations auraient rapporté, selon le chercheur, 17 milliards d'euros. En comparaison, la dette belge atteignait 300 milliards d’euros dans les années 90. Les privatisations n'ont pas renfloué les caisses de l'Etat. "On était dans l'irrationnel, une sorte de brouillard idéologique", confiait le ministre Tarabella à l'hebdomadaire Trends-Tendances.

Marco Van Hees (inspecteur à l’impôt des sociétés) s’interroge sur ces choix politiques et remarque que Karel Van Miert, ex-commissaire Européen à la concurrence est devenu  administrateur d’une série impressionnante  de grands groupes multinationaux : Agfa-Gevaert,  Solvay, De Persgroep, Carrefour, Viverndi, Philips. Jean-Luc Dehaene est lui devenu administrateur  de Lernout &Hauspie, Lotus, Inbev, Domo, Umicore, Telindus, tout en étant chargé d’écrire une constitution  pour l’Union Européenne. Didier Reynders , avant de devenir ministre des finances en 1999 présidait le conseil d’administration d’une banque, la banque SEFB, devenue Record Bank, filiale  du groupe ING. Avant lui, 13 autres ministres des finances avaient travaillé dans le secteur bancaire.

Concernant le prix ridicule payé par BNP Paribas pour acquérir les plus beaux morceaux de Fortis, Marco Van Hees souligne aussi les relations privilégiées entretenues par Didier Reynders avec Albert Frère, dont Paribas est un des partenaires principaux. Comme en témoignent les petits ennuis qu’il a actuellement en France ou la revente de ses avoirs sidérurgiques à l’état Belge – à l’époque il jouait au tennis avec Willy Claes, ministre des affaires économiques – « le financier Carolo », remarque Van Hees, « cultive  l’art de s’enrichir aux dépens et avec l’aide de l’état en cultivant des amitiés avec des hommes politiques de tous bords. »

Référendum en Islande

Petit pays de 320.000 habitants, l’Islande a durement subi la crise financière. L’état a déboursé des centaines de millions d’euros pour nationaliser les trois principales banques islandaises (Kaupthing, Landbanski et Glitnir), totalement privatisées en 2003, et les sauver de la faillite.

La population islandaise s’était mobilisée pour tenter de faire payer le coût de cette crise aux responsables: les banques et les fonds spéculatifs, poussant le gouvernement à démissionner  fin 2008 et le Parlement à adopter une résolution pour conditionner le remboursement de cette dette aux « capacités de paiement » du pays.

Mais le FMI et l’Union européenne ont pesé de tout leur poids pour renverser cette orientation. Dans la nuit du 30 au 31 décembre 2009, le Parlement a changé de position et voté la loi Icesave, qui visait à confirmer la nationalisation de ces dettes privées et à organiser, via des mesures d’austérité (gel des salaires, diminution des dépenses publiques…), le remboursement intégral (3,9 milliards d’euros) des montants avancés par les États britannique et néerlandais pour indemniser leurs « citoyens lésés » par la faillite de la banque en ligne islandaise Icesave en octobre 2008.

Des organisations citoyennes ont alors lancé une pétition contre cette loi et, en quelques semaines, plus de 25 % de l’électorat islandais l’avaient signée.  Le 6 mars, les Islandais se sont prononcés par référendum sur la loi Icesave, qui prévoyait la nationalisation de dettes privées et l’imposition de mesures d’austérité  afin de trouver les fonds pour rembourser ces dettes : le « non » l’a emporté  avec environ 93 % des suffrages exprimés, la participation  dépassant les 60 %.

Frank FURET

 


 
     
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