Frank FURET
Banc Public n°190,
Mai 2010 |
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France-Telecom, suite...
Le parquet de Paris, saisi par les syndicats, a ouvert une enquête pour "harcèlement moral" à la suite de la vague de suicides qui ont lieu à France Télécom (32 en 2008 et 2009 selon la direction, auxquels s'ajoute une dizaine en 2010).
La décision est historique: ce sera en effet la première fois, en France, que la politique de gestion du personnel d'une entreprise est susceptible de constituer une infraction pénale et d'entraîner un procès en correctionnelle de dirigeants. La plainte des syndicats vise entre autres Olivier Barberot, directeur du personnel qui, en octobre 2006, avait déclaré que le "crash programme" de France Télécom (réduire les effectifs de 22.000 personnes et provoquer un changement de métier pour 10.000 autres) ne se fera pas "sur la base d'un volontariat un peu mou" mais de manière "beaucoup plus systématique".
Le rapport de l'inspection du travail de février 2010 évoquait "une mise en danger d'autrui du fait de la mise en œuvre d'organisations du travail de nature à porter des atteintes graves à la santé des travailleurs" et des "méthodes de gestion caractérisant le harcèlement moral". |
Logiciel libre
L'appellation «logiciel libre» fait référence à la liberté pour les utilisateurs d'exécuter, de copier, de distribuer, d'étudier, de modifier et d'améliorer le logiciel par opposition à un logiciel dit «propriétaire» ou «privateur». Formalisé au début des années 80, le logiciel libre a en fait toujours existé dans les pratiques des développeurs et prend racine dans le modèle de la recherche scientifique (publication, transparence, revue par les pairs). Il constitue un enjeu de société, qui contribue à la diffusion et au partage de la connaissance, encourage la solidarité et la coopération entre développeurs et utilisateurs et est respectueux des libertés fondamentales des utilisateurs et de leurs données personnelles.
Ses principes affirment le bien commun par opposition à l'appropriation exclusive et trouvent leur extension dans de nombreux autres domaines tels que la production et la diffusion des savoirs ainsi que tout ce qui touche à la création en général.
Le logiciel libre est présent au cœur de l'infrastructure d'Internet: le serveur Apache fait ainsi tourner plus de 55% du web; Firefox, OpenOffice et GNU/Linux sont de plus en plus utilisés, notamment dans les administrations.
Le logiciel libre permet le développement d'une économie dynamique dite de «coopétition» (mutualisation des coûts de recherche et développement, concurrence sur les services autour de briques génériques). La création de valeur est déterminée par la qualité des développements de l'éditeur/concepteur mais aussi par les utilisateurs et clients. Ces derniers peuvent devenir des acteurs de leurs projets logiciels plutôt que subir le calendrier unique et les pratiques de l'éditeur de solutions propriétaires (ou privatives). En permettant ainsi à chacun de s'impliquer dans son évolution, il est un accélérateur d'innovation. L'Europe, avec plus de 50% des développeurs de logiciel libre actifs dans le monde, est aux avant-postes. Selon une étude de la société Red Hat, la France serait championne pour l'activité dans le domaine du logiciel libre, les États-Unis devant se contenter de la neuvième place.
Selon le plan France Numérique 2012, il a «un potentiel économique et industriel considérable», ses modèles économiques sont éprouvés et novateurs, les utilisateurs sont demandeurs et conscients de leur importance sociale. Pour ses promoteurs, les pouvoirs publics doivent mettre en place une politique publique en faveur du logiciel libre, de l'interopérabilité et des standards ouverts, socles d'une société de l'information ouverte.
Mais de nombreuses menaces planent sur lui: tentatives d'appropriation exclusive de la connaissance (brevets logiciels), extensions abusives du droit d'auteur créant un contrôle des usages privés (DRM ou «menottes numériques»), vente liée ordinateurs-logiciels – pratique déloyale pour le consommateur et frein à la diffusion du logiciel libre chez le grand public. Sans compter le nombre impressionnant de logiciels payants ne tournant pas sur des systèmes d'exploitation libres comme Linux, pour ne parler que du plus connu.
Saison des prix
Le 16 avril, les militants du mouvement Génération-Précaire ont remis un prix d’honneur à des entreprises qui ont pris la difficile décision de rogner sur le coût du travail plutôt que de diminuer les dividendes de leurs actionnaires.
Le prix du cynisme est revenu à la BNP qui a réussi, en 3 ans, à augmenter de 68% le recours aux stagiaires, ce qui lui a permis de baisser de 35% le recours aux CDD (coûteux) ou de 23% le nombre d’"auxiliaires de vacance" (les jobs d’été...). De quoi devenir la première banque d’Europe… et se permettre de distribuer un milliard d’euros à ses 4.000 traders et 60 millions à ses 40.000 salariés… chiffres confirmés par la direction des ressources humaines. La direction de la communication n’a pas souhaité commenter cette remise de prix.
La BNP n’était pas la seule en compétition: la Société Générale a presque doublé le nombre de stagiaires en 5 ans, passant de 5.346 en 2004 à 9.321 en 2009. De là à penser que le nombre de stagiaires permet de compenser les licenciements, il y a un pas que le service DRH de la Société Générale n’a pas voulu ou osé confirmer…
Mauvaise Grèce...
La Grèce a donc finalement bien sollicité l'Eurozone pour lui apporter soutien et crédibilité. Il n'y aura donc pas de cessation de paiement grecque même si l'agitation autour de la situation grecque est bien l'indicateur d'une prise de conscience croissante de ce que l'argent est de plus en plus difficile à trouver pour financer l'immense endettement public occidental: un processus désormais «insoutenable» comme le souligne un récent rapport de la Banque des Règlements Internationaux.
Pour le LEAP (Laboratoire européen d'anticipation politique), le bruit fait autour de la Grèce par les médias, anglais et américains en particulier, constitue une tentative de cacher à la plupart des acteurs économiques, financiers et politiques le fait que le problème grec n'était pas le signe d'une prochaine crise de la zone euro, mais en fait un indice avancé du prochain grand choc de la crise systémique globale.
Depuis février 2006, le LEAP rappelle que "la crise actuelle trouve son origine dans le démantèlement de l'ordre mondial créé après 1945, dont les États-Unis ont été le pilier, secondé par le Royaume-Uni. Le «doigt grec» ne montre pas tant l'Eurozone que les dangers explosifs des besoins exponentiels de financement du Royaume-Uni et des États-Unis".
La récession sociale sans précédent imposée aux grecs par le FMI et l’Union européenne pour accorder ce prêt risque de provoquer «un véritable désastre social» dans les secteurs public comme privé: baisse de 15% des salaires, relèvement de l’âge de la retraite à 67 ans, baisse des pensions, abolition des conventions collectives, remise en cause de toute restriction légale aux licenciements dans le secteur privé, réductions de la dépense publique, des milliers d’emplois supprimés dans la fonction publique…
“FMI et UE nous volent un siècle d’acquis sociaux” exprimait récemment une banderole dans les manifestations. Pour Yannis Almpanis, un militant altermondialiste grec, il s’agit «du pire plan possible de la part du FMI. Bien des Grecs comparent les faits à ce qui s’est passé en Argentine entre 1998 et 2002. Il y a une vague de retraits bancaires. Les riches et la classe moyenne ont peur que les Allemands fassent sortir la Grèce de la zone euro. Du coup, ils essaient de préserver leurs euros en les transférant à Chypre ou en réalisant des investissements immobiliers à Londres ». Les banques et les assureurs, «les marchés», encouragés par l’impunité dont ils ont joui quand ils ont agressé la Grèce, et emballés par leur propre dynamique mortifère, font suffoquer le pays et engagent à présent leur ballet mortel en Espagne et au Portugal.
Les taux pour la dette grecque ont franchi les 11% à 10 ans et les 18% à 2 ans. Les banques et les assureurs vont donc pomper maintenant le jus de la déroute. Pendant ce temps le FMI de Strauss Kahn et «l’Europe qui protège» de la Commission européenne exigent des coupes salariales. Le Premier ministre grec, le Socialiste Papandréou, a été incapable de résister aux banques et aux prédateurs de «l’Europe qui protège», il a trouvé plus simple d’insulter son peuple et de le mettre au pain sec. Pour complaire aux Allemands, il a affirmé que l’argent public et européen n’avait pas été utilisé pour le développement du pays mais pour «acheter des maisons, des voitures et vivre dans le farniente» et que «l’heure de vérité est arrivée».
Pourtant, à Athènes, le ministre grec du travail a affirmé que le gouvernement refusait la demande de coupes salariales du FMI et de la Commission européenne.
Ces derniers auraient demandé au gouvernement de s’engager à supprimer les 13ème et 14ème mois qui existent dans les conventions collectives du privé, et du secteur public où le 14ème mois a déjà été supprimé par Papandréou, bien qu'il ne pèse rien.
Pour Jean-Luc Mélenchon, l'affaire grecque est une totale hypocrisie, ceux qui ont conduit à la crise actuelle sont les mêmes qui aujourd'hui prétendent vouloir sauver le pays. Les vrais coupables du chaos ne sont pas les Grecs, mais ceux qui mènent des politiques libérales. Ceux qui, depuis des années et à l'échelle du monde, multiplient les cadeaux fiscaux et les aides publiques aux plus riches. Résultat, les déficits grimpent, l'Etat s'endette et se retrouve pris à la gorge par une poignée de spéculateurs qui imposent des taux d'intérêt exorbitants. Il faut des remèdes de choc pour en sortir: un service public financier qui ait le monopole du crédit, et qui serait capable de mettre au pas les banquiers et les spéculateurs.
Move your money
Aux États-Unis, excédés par les pratiques scandaleuses de leurs banques qui ne cessent de leur pomper de l'argent pour des motifs divers, et de leur facturer des frais bancaires exorbitants, des milliers d'Américains se sont mis à déserter les «big six» (Bank of America, JP Morgan Chase, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Wells Fargo, Citigroup) en transférant leur pécule dans de petites banques régionales.
Partout dans le pays, des mouvements de citoyens se forment pour inciter les mécontents à abandonner les plaintes stériles pour l'action musclée. En quelques jours, les fondateurs de Move Your Money, par exemple, ont conçu un site web et mis à la disposition des intéressés un moyen de trouver une banque de proximité. Relayé par la presse et les présentateurs de talk-shows et d'émissions satiriques comme Jon Stewart, Stephen Colbert ou Bill Maher, le mouvement s'est enflammé.
Objectif de ces mouvements: obliger les puissants rapaces de Wall Street protégés par un gouvernement qui ne fait rien pour museler leur insatiable avidité (Wall Street s'apprête à distribuer d'indécents bonus aux cadres responsables de la crise et du bourbier financier, tandis que 12% d'Américains au chômage s'enfoncent dans les dettes, perdent leurs maisons et leur assurance santé) à prêter attention aux grondements qui montent.
Pour "Move Your Money", un des plus connus, "Les gens en ont tout simplement ras le cocotier d'être exploités par leurs banquiers. Isolés, les Américains sont impotents: les institutions financières n’étant gênées aux entournures par aucune réglementation ou presque, mais ensemble, ils deviennent menaçants".
Frank FURET