En 2009, la production sur le territoire français est tombée à seulement 1,69 millions de véhicules, selon les chiffres même du Comité des Constructeurs Français Automobiles, soit un recul de plus de 20% dans l’année, après un recul quasiment équivalent en 2008. On note que dans la même période, la production automobile des groupes Renault et PSA est restée relativement stable, à savoir autour de 6 millions de véhicules par an produits dans le monde.
Dans la réalité, PSA et Renault réalisé le plus grand mouvement de délocalisations de leur histoire. Ce mouvement est encore plus important pour les sous-traitants: deux-tiers de la valeur ajoutée d’une voiture vient en général des sous-traitants. Or, alors qu’il y a cinq ans, deux tiers des composants venaient de France, aujourd’hui, c’est moins de 50%. Plus de 60% de la valeur ajoutée du secteur est donc partie en quelques années.
Nicolas Sarkozy s’était pourtant vanté du maintien de la production en France en contrepartie du plan de soutien au secteur.
Taxe Robin
Une coalition d’associations et de syndicats emmenés en France par Attac, en Allemagne, au Canada et au Royaume-Uni par les «Robin Hood Tax» («Robin Hood Steuer» en Allemagne) ou la «zero zero cinque» en Italie, pense pouvoir récupérer entre 500 et 1000 milliards de dollars par an sur les marchés financiers mondiaux pour les redistribuer. Nombre d’ONG et de syndicats en font partie, du Secours catholique à la CGT (Frère Tuck et Petit Jean en somme, les célèbres compagnons de Robin des Bois). Les sociaux-démocrates allemands du SPD ont également rejoint ce rassemblement hétéroclite.
Environ 6.000 milliards de dollars transitent chaque jour par les virtuels circuits financiers mondiaux. 0,05% chaque jour, cela fait 3 milliards par 24h. L’Institut autrichien de recherche économique estime qu’une telle taxe pourrait rapporter entre 447 et 1022 milliards par an, même si les flux financiers baissaient considérablement.
Un tel impôt pourrait permettre de réaliser les «objectifs du millénaire pour le développement» fixés par l’ONU, que tout le monde a oublié depuis le passage à l’an 2000: réduire l’extrême pauvreté et la faim, réduire la mortalité infantile, combattre le Sida ou le paludisme, assurer l’éducation primaire pour tous… Et cela pour un coût de 170 milliards de dollars. Il resterait encore assez de liasses de billets verts pour financer l’adaptation des pays pauvres au changement climatique et leur transition énergétique pour une dépense de 150 milliards. Le solde pourrait même servir aux États endettés par la crise financière et le sauvetage des banques pour préserver leurs systèmes de protection sociale. Et tout cela en une année.
Techniquement, c’est pour ces associations, faisable sans grande difficulté: «Cet argent peut être facilement collecté via les chambres de compensation et de règlement qui sont déjà utilisées pour tout échange important et par lesquelles transite chaque transaction financière, y compris celles qui se font de gré à gré. Toute transaction importante est réalisée en trois étapes: le transfert, la compensation et le règlement. Un simple marquage électronique peut automatiquement transférer le montant de la taxe vers les services fiscaux appropriés», expliquent les Robins des Bois.
Reste que l’administration US, une partie du gouvernement britannique, plusieurs États européens comme la Suède et, bien évidemment, la City de Londres et Wall Street à New York y sont opposés Le Parlement européen, l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique et la France ont déclaré y être favorables
Cette taxe sur les transactions financières sera proposée par les organisations de la société civile lors du prochain G20, à Toronto.
Travail / Capital
«La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l'amplitude de cette évolution et l'éventail des pays concernés n'a pas de précédent dans les 45 dernières années.». Ce passage est extrait d’un article de la Bank for International Settlements, la Banque des Règlements Internationaux. Une institution qui réunit chaque mois, à Bâle, en Suisse, les banquiers centraux pour «coordonner les politiques monétaires» et « édicter des règles prudentielles». Ils insistent pourtant sur les «hauts niveaux de la part du profit inhabituellement répandus aujourd'hui», sur cette «marge d'une importance sans précédent», sur cette «preuve à la fois graphique et économétrique d'un fait particulier concernant le partage des revenus dans les pays industrialisés: une poussée à la hausse de la part des profits au milieu des années 80, et symétriquement, une poussée à la baisse de la part des salaires».
Ce sont donc les financiers eux-mêmes qui dressent ce constat, avec étonnement: jamais les bénéfices n’ont été aussi hauts, jamais les salaires n’ont été aussi bas, un déséquilibre inédit depuis au moins un demi-siècle, et vrai pour l’ensemble des pays industrialisés.
Et cette analyse ne souffre d’aucune contestation: d’après le Fonds Monétaire International, dans les pays membres du G7, la part des salaires dans le Produit Intérieur Brut a baissé de 5,8% entre 1983 et 2006. D’après la Commission européenne, au sein de l’Europe cette fois, la part des salaires a chuté de 8,6%. Et en France, de 9,3%. Dans le même temps, la part des dividendes dans la valeur ajoutée passait de 3,2% à 8,5%. Un quasi-triplement.
Ces 8,6 % paraissent abstraits mais représentent en fait des montants colossaux – qui ont des conséquences très concrètes dans notre vie quotidienne. Alors que les trous dans la sécu sont amplement médiatisés, on évoque moins souvent ceux creusés par les actionnaires dans la poche des salariés…: cette donnée majeure est quasiment effacée de la sphère publique, éclipsée dans les médias, à peine mentionnée par les politiques.
Europe, champ de bataille ?
Depuis la réunion d’urgence de la BCE, d’ECOFIN et du FMI afin d’établir un plan de renflouement de divers pays de l’UE, tous les gouvernements annoncent des plans d’austérité budgétaire «pour sauver la zone euro».
Un banquier britannique a trouvé une bonne formule politique «Il est plus facile de vendre un tel plan en disant qu’il doit servir à sauver la Grèce, l’Espagne et le Portugal, que d’avouer qu’il doit d’abord sauver et aider les banques.».
Aujourd’hui, est imposée par «les marchés» et les dominants des pays du centre de l’UE (l’Allemagne avec son hinterland et ses alliés) une politique d’austérité générale, avec un poids particulier imposé aux populations des pays «périphériques». Et cela au nom d’une relance de la dynamique d’exportation. Elle s’appuierait sur la contraction des salaires directs et indirects, avec l’objectif de réduire les coûts unitaires du travail: il s’agit d’augmenter les revenus issus des exportations pour faire face à la charge de la dette. Pour l’essentiel, les exportations s’effectuent pourtant au sein de l’UE. Steven Erlanger (New York Times du 23 mai 2010),écrivait en Une, que c’était le «modèle social européen» qui était mis en cause. Pour lui, l’issue des batailles à venir est avant tout d’ordre social et politique: à travers ces mesures, c’est le salariat européen qui dispose des traditions socio-politiques les plus grandes – malgré tous les revers passés – qui est visé.
Pendant ce temps, en Chine
Le géant taïwanais Foxconn, au cœur de la tourmente avec la vague de suicides qui a eu lieu dans ses usines chinoises, vient d’annoncer une augmentation de 70% du salaire de ses employés. Les salaires mensuels des ouvriers travaillant à Shenzhen vont ainsi passer à compter du 1er octobre de 1.200 yuans à 2.000 yuans (243 euros). Le président et fondateur du groupe, Terry Gou, avait déjà consenti une première augmentation des salaires de certains de ses ouvriers à hauteur de 20%. Et Pékin lui avait emboité le pas en annonçant une hausse générale du salaire mensuel minimal de 20% également dans une trentaine de provinces et municipalités chinoises.
A Kunshan, près de Shangaï, lors la grève chez KOK, un fabricant taïwanais de valves et de joints, 2.000 ouvriers ont débrayé pendant cinq jours et ont été accueillis par la police antiémeutes.
A l’usine Honda, la grève des salariés leur a déjà permis d’obtenir une hausse de leur maigre salaire de 24%. 8.000 ouvriers chez Smartball, un fournisseur taiwanais d'Adidas se sont mis eux aussi en grève..
«Il suffit maintenant d'une étincelle et les nouvelles se propageront à travers toute la Chine, ce qui pourrait déclencher d'autres mouvements sociaux dans d'autres usines», estime Paul Tang, chef économiste à la Bank of East Asia à Hong Kong. «La majeure partie de ces conflits sociaux portent sur les salaires, la hausse du coût de la vie et la longueur des journées de travail. De leur côté, les patrons cherchent à maîtriser les coûts pour continuer à faire venir des investisseurs attirés par une main d'oeuvre bon marché.
La part des salaires dans la valeur ajoutée du pays, 36%, reste trop basse pour fonder son économie sur la consommation nationale. Une hausse des salaires et du niveau de vie de la majorité de la population chinoise permettrait de remédier à ce déséquilibre. Derrière les suicidés de Foxconn ou la grève chez Honda, c’est peut-être aussi le rapport de force entre donneurs d’ordre occidentaux et sous-traitants chinois qui est en passe de se rééquilibrer…»
Colombie
En Colombie, certaines multinationales détruisent des forêts pour installer sur ces sols fertiles des cultures intensives qui rapportent vite et beaucoup. Ainsi, la firme Del Monte a pratiqué illégalement l’agrobusiness du bananier sur vingt-deux mille hectares dans les hameaux de la Balsa, San José Varsova et Bendito Bocachica. Pour déplacer les populations qui occupaient ces terres, elle a recouru à des milices privées. Les ‘paramilitaires’, ont chassé deux mille cinq cent Afro-Colombiens. Durant cette opération, ils ont torturé et exécuté plus de 85 civils de cette communauté. Les victimes ont été enterrées dans des fosses communes.
Les arbres sont éliminés grâce à la dispersion aérienne de l’herbicide Round-Up Ultra de Monsanto. La firme est également accusée d’avoir affamé les civils comme méthode de combat et d’avoir attaqué des biens indispensables à la survie de la population civile: produits alimentaires, récoltes, bétail, réserves d'eau potable et travaux d’irrigation. Les épandages aériens de Roundup sont le principal moyen d’éradication et entre 2000 et 2006, on estime à près de 300.000 hectares aspergés, principalement dans les départements du Cauca, de Nariño et Putumayo. Les populations des ces départements sont également affectées par ce que certains appellent l’«agent orange de la Colombie». Dans le seul département de Putumayo, où vivent plusieurs communautés indiennes, 300.000 personnes ont été intoxiquées..
Le «Plan Colombie», mis en place à partir de juin 2000 avec le soutien du gouvernement de Bogota, est un programme qui vise à éradiquer les cultures de coca, qui approvisionnent le marché international de cocaïne et servent, en partie, à financer les mouvements de guérilla.
Frank FURET
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