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Brèves

Frank FURET

Banc Public n°193, Octobre 2010

Europe, OGM et conflit d’intérêt José Bové, vice-président de la commission Agriculture du Parlement européen, soutenu par une autre eurodéputée, Corinne Lepage, a dénoncé un nouveau cas de conflit d’intérêt: la présidente du Conseil d’administration de l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (AESA), Diána Bánáti, nommée à ce poste en juillet 2010, est membre du Conseil des Directeurs de l’International Life Science Institute (ILSI) Europe, le «lobby de l’agrobusiness», selon José Bové.
 
 
 

Biblio, sources

Sources


«UE – Le lobby OGM continue de s’implanter dans les instances européennes», Christophe NOISETTE, septembre 2010


«Vers la très grande panne du système économique et financier mondial» Communiqué public GEAB N°47 15 septembre 2010


«Enron, symbole d'un système», Serge Halimi, le monde diplomatique, 2002

«Appel aux syndicats du Mouvement Politique des Objecteurs de Croissance», 28 septembre 2010 www.objecteursdecroissance.be

«L’austérité salvatrice, recette économique ou dogme néo-libéral ?» Eponine Cynidès et Léandre Nicolas, Journal Indépendant et Militant, 29 septembre 2010

 

 

 

 

 

 

Or, elle n’a pas mentionné cette fonction dans sa déclaration d’intérêt. «Mme Bánáti a déclaré «qu’au travers de ses activités à l’ILSI, elle n’avait jamais été approchée par des lobbyistes». Cette affirmation est de nature à tromper le jugement des parlementaires qui l’ont interrogée». José Bové a demandé sa démission: il a averti la Commission européenne  le 14 juillet et, à l’heure actuelle, il attend toujours une réponse.
L’influence de l’ILSI est réelle dans le dossier OGM au sein de l’AESA et parmi les membres de l’ILSI, on retrouve la quasi totalité des très grosses entreprises de l’agro-alimentaires et des OGM, comme Kraft Food, Coca Cola, Kellogg’s, Cargill, Monsanto, BASF, Syngenta ainsi qu’un certain nombre d’universitaires.

L’ILSI est  accrédité auprès de l’OMS et de la FAO, mais, en 2006, l’OMS a publié un communiqué de presse dans lequel elle précise que l’ILSI «ne peut plus jouer un rôle dans l’élaboration des normes sanitaires de l’OMS, car ses membres ont un intérêt financier dans le résulta ». Cette structure a ainsi cherché à influencer un rapport qui établissait l’influence du sucre sur l’obésité. L’ISLI a aussi publié des rapports non consistants sensés  prouver l’innocuité du Teflon dont la nocivité a finalement été reconnue, son fabriquant, Dupont, ayant été condamné à payer 16 millions de dollars.

En 2004, les Amis de la Terre avaient publié un rapport intitulé «La prudence jetée aux orties»,  qui illustrait les nombreuses passerelles entre l’industrie et l’AESA.

Ces conflits d’intérêt mettent l’AESA en question. Le Conseil des ministres de l’Environnement de décembre 2008 a d’ailleurs demandé de nombreuses évolutions, mais elles sont toujours en discussion.

La neutralité discutable des agences de notations


Jean-Pierre Jouyet, président de l'AMF( Autorité des Marchés Financiers ) a affirmé que les agences de notation ont "une part de responsabilité dans la crise": elles ont participé à l'assèchement du marché du crédit des entreprises. Elles n'ont pas suffisamment anticipé l'augmentation du risque de défaut d'entreprises et ont brutalement abaissé leur note à l'été 2008. Cette baisse a eu un impact très important, voire trop important, sur les conditions de financements des entreprises qui se sont rapidement durcies.  Deuxièmement, les agences de notation ont précipité de la même façon le déclin des produits structurés; ces produits ont connu une descente aux enfers en très peu de temps, passant en avril-juillet 2008 à des notes AAA à des actifs pourris (junk bonds) en décembre 2008. Pour les entreprises comme pour les produits financiers, "les notations des agences ont davantage participé à un phéno­mène d'accélération de la crise qu'à un phénomène d'alerte de celle-ci".
Plusieurs raisons sont évoquées pour expliquer ce rôle de pompier pyromane: le manque de concurrence du marché des agences (seulement trois acteurs de référence au niveau mondial); la faible transparence des agences sur leurs méthodes de notation, qui empêche les investisseurs de se poser les bonnes questions et d'apprécier eux-mêmes le risque; les possibles conflits d'intérêts entre les activités de notation et celles de conseil aux entreprises de ces mêmes agences de notation…
L’indépendance des agences par rapport aux acteurs qu’elles notent pose problème. En effet, l’affaire Enron, la crise asiatique de 1997 et la crise des subprimes ont montré que les agences de notations étaient loin d’être efficientes, surtout lorsqu’elles ont plébiscitent des produits d’entreprises qui les paient pour les noter. Mais pour certains,  la compétence et l'indépendance des agences sont un fait indiscutable: aucun des procès mettant en cause leur intégrité n'a jamais abouti à une condamnation et, si certaines erreurs paraissent aujourd'hui patentes, «l'imperfection des agences serait un mal nécessaire». Pour d’autres, il est urgent que les politiques prennent en compte les risques et qu’ils changent enfin les «règles du jeu» pour rendre les agences de notation plus fiables et moins nocives.
Toujours est-il que ces agences continuent de faire la pluie et le beau temps sur les marchés financiers internationaux, alors qu’elles ont une politique de deux poids deux mesures. Elles se sont mises à donner des leçons aux gouvernements et les gouvernements européens, même les plus socialistes, se mettent à «réformer» les acquis sociaux les plus élémentaires (santé, éducation, pensions, etc.).  La situation des finances publiques grecques n’est certes pas reluisante mais elle est loin d’atteindre les sommets de la dette des Etats-Unis qui, eux, bénéficient d’une belle notation AAA bien que l’endettement du pays  atteigne les 160% du PIB…

Vers une très grande panne du système économique et financier mondial ?

En février 2010,  le LEAP ( aboratoire Européen d’Anticipation Politique) prévoyait une aggravation brutale de la crise, marquée par la fin de l'illusion de reprise entretenue par les dirigeants occidentaux
et les milliers de milliards engloutis par les banques et des plans de «stimulation» économique sans efficacité durable. Pour le LEAP, les prochains mois vont dévoiler le fait que l'économie occidentale, et en particulier celle des Etats-Unis n'est jamais vraiment sortie de récession. Les sursauts statistiques enregistrés depuis l'été 2009 n'ont été que les conséquences passagères d'une injection massive de liquidités dans un système fondamentalement, à l'image du consommateur américain, devenu insolvable. Les Etats-Unis vont donc sont à nouveau en train d'entraîner l'économie et la finance mondiales au «cœur des ténèbres», car ils ne parviennent pas à sortir de cette «Très Grande Dépression US». Le monde va devoir affronter la «Très Grande Panne» du système économique et financier mondial fondé depuis plus de 60 ans sur l'absolue nécessité pour l'économie américaine de ne jamais se trouver durablement en récession. Or, selon le LEAP, la première moitié de 2011 va imposer à l'économie américaine une cure d'austérité sans précédent, plongeant la planète dans un nouveau chaos financier, monétaire, économique et social.

Selon le LEAP, la croissance américaine s'évapore trimestre après trimestre et redeviendra négative dès la fin 2010; pour LEAP, le chiffre réel de chômage aux USA est désormais d'au moins 20% et il n’en finit pas de croître; le marché de l'immobilier américain est déprimé à des niveaux historiquement bas, et va reprendre sa chute dès le quatrième trimestre 2010; la consommation stagne voire diminue, un l'Américain sur cinq  n'ayant pas de travail.

Près de soixante millions de personnes dépendent désormais des bons de nourriture; elles n'ont désormais plus d'emploi, plus de maison, plus d'épargne et se demandent comment elles vont survivre dans les années à venir. Jeunes, retraités, noirs, ouvriers, employés des services, constituent une masse de citoyens en colère qui risque de s'exprimer brutalement aux élections de novembre et de plonger Washington dans une impasse politique. Leurs votes devraient contribuer, selon le LEAP, à paralyser encore plus l'administration Obama et le Congrès.

Chaque mois, ce sont toujours plus de «petits actionnaires» qui quittent Wall Street et les marchés financiers, laissant aujourd'hui plus de 70% des transactions aux mains des grandes institutions. Cette désaffection serait, pour le LEAP, comparable aux grandes manifestations populaires qu'a connu le système communiste un peu avant sa chute.

Il s’agit d'une limitation nouvelle pour les Etats-Unis qui n'ont plus les moyens d'une nouvelle relance. Même s’il est probable, poursuit le LEAP,  que la Fed tentera une nouvelle série de mesures «non conventionnelles» (mot technique signifiant «tentatives désespérées») pour essayer d'éviter d'en arriver là, nombre de décideurs vont être tentés par l’austérité, cette même thérapie qu'avec le FMI, les Etats-Unis ont recommandé aux pays d'Amérique latine, aux pays asiatiques et à l'Europe.
L'entrée des Etats-Unis dans un vaste programme d'austérité signifierait le chaos sur les marchés financiers et monétaires accoutumés depuis des décennies à l'exact contraire, c'est-à-dire le gaspillage américain et un choc économique et social interne sans équivalent depuis les années 1930.

Résister à la croissance de l’austérité

Un front européen d’organisations d’objecteurs de croissance a interpellé les syndicats à l’occasion de l’euro-manifestation du 29 septembre 2010. Les objecteurs de croissance demandent aux forces syndicales de réaliser une rupture antiproductiviste sans laquelle ils ne pourront sortir du rôle d’accompagnateurs actifs de la logique destructrice qui est aujourd’hui celle de l’économie. Les objecteurs de croissance proposent de viser le «bien vivre» plutôt que le «toujours plus», de réduire fortement le temps de travail et de défendre un revenu garanti suffisant pour tous. Les signataires de ce communiqué soutiennent la lutte des syndicats contre la volonté du monde du capital de faire porter le poids de la crise par le monde du travail mais regrettent l’appel à la croissance qui n’est pas une piste de sortie de crise.
Pour les décroissants, depuis la fin des années 1970, la logique de croissance du capital a mené celui-ci à rompre les équilibres de l’après-guerre. Pris au piège de la logique close de la croissance infinie, les syndicats se trouvent désormais réduits à négocier la limitation de la vitesse à laquelle les conditions de travail et de solidarité sont détériorées. Ainsi, l’appel pour des emplois de qualité lors de l’euro-manifestation du 29 septembre s’oppose aux objectifs de rentabilité et de croissance que la CES (Confédération Européenne des Syndicats) semble appeler de ses vœux.
Il est temps, pour les décroissants, que les syndicats ouvrent les yeux sur le caractère suicidaire du dogme de la croissance économique et du productivisme et qu’ils initient sans tarder un profond changement de cap pour s’opposer frontalement à ces deux logiques socialement, humainement et écologiquement dévastatrices et les remplacer par la substitution de la coopération et du bien vivre à la compétition et au toujours plus, au partage du travail par la réduction forte du temps de travail rémunéré et la garantie d’un revenu d’existence suffisant pour tout être humain, l’instauration d’un revenu maximal et la garantie des droits d’accès aux biens communs et publics gérés collectivement (sécurité sociale, éducation, accès à l’énergie, l’eau, etc.).

Frank FURET

 
     
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