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Catherine VAN NYPELSEER, Banc Public N°48, Avr.1996
L'AGRICULTURE BIOLOGIQUE (1)
Lagriculture biologique, réservée à une clientèle dinitiés à ses débuts, il y a une trentaine dannées, est maintenant disponible dans les circuits classiques. Des firmes de grandes distribution comme Delhaize ou GB proposent notamment des rayons de fruits et légumes portant le label Biogarantie, système de contrôle CEE. Les prix de ces produits étant nettement supérieurs à ceux des produits classiques, il nous a paru intéressant de se poser la question de la fiabilité des contrôles effectués. Vous trouverez dans ce dossier une description de la méthode de contrôle originale, élaborée à partir de la pratique de lagriculture biologique, et des contrôles quelle avait organisés elle-même, qui a été reprise à la satisfaction du secteur dans le règlement européen de 1991 - appliqué en Belgique depuis 1993 - concernant les produits végétaux.
En tous cas, cette méthode paraît efficace puisque les analyses réalisées par Test Achats - par ailleurs opposé aux labels en général au nom dune qualité accessible à tous - nont pas découvert de traces de pesticides dans les produits de lagriculture biologique1. Lagriculture biologique telle quelle est organisée actuellement nous parait donc bien plus intéressante que nous le croyions de prime abord, dautant quelle a également des aspects positifs en ce qui concerne les effets environnementaux plus globaux comme la pollution des eaux, ainsi que des aspects sociaux comme lexode rural ou la quantité de main doeuvre supérieure nécessaire à ses pratiques. On lira à ce sujet la discussion avec des représentants de la.s.b.l. Nature et progrès qui regroupe des producteurs, des consommateurs et des détaillants en agriculture biologique.
En ce qui concerne la production animale, il nexiste pas encore de règlement CEE, mais il existe déjà des productions biologiques contrôlées par des labels privés.
Et puis la cerise - verte - sur le gâteau, qui déclenchera probablement un intérêt supplémentaire du grand public pour ces produits, ce sera peut-être cette étude danoise2 comparant la qualité du sperme dagriculteurs membres de lassociation danoise des producteurs biologiques à celle de travailleurs de lindustrie - non exposés à des produits toxiques - qui observe une concentration deux fois supérieure en spermatozoïdes! Sachant que la diminution importante de la qualité (reproductrice) du sperme humain préoccupe les gestionnaires de banques du sperme3 et que les pesticides, insecticides et autres herbicides en sont très probablement une des causes4, il est probable que les consommateurs bien informés nauront pas besoin de campagnes de publicité barnumesques pour acheter plus de produits biologiques. La qualité du système de contrôle de ces produits est donc primordiale.
Le règlement5 européen de 1991 définit dans quelles conditions létiquetage ou la publicité dun produit un produit peut faire référence au mode de production biologique. Le système de contrôle est établi par les États membres qui peuvent soit désigner les autorités, soit agréer des organismes privés chargés de ce contrôle, auxquels chaque producteur doit avoir accès moyennant contribution aux frais de contrôle sil respecte le mode de production imposé par ce règlement. Des suites pénales sont prévues en cas dinfraction (en France, un négociant ayant trafiqué de grandes quantités de céréales qualifiées abusivement de biologiques a été condamné en octobre dernier à 12 mois de prison).
En Belgique, deux organismes privés de contrôle ont été agrées: Ecocert Belgium (sprl), et le Blik (asbl). Ils contrôlent des producteurs, des transformateurs et également des importateurs, par le biais daccords avec des organismes de contrôle similaires établis dans le pays dorigine des produits.
Lagriculture biologique concernait 200 fermes en Belgique en 1995 (pour 50 en 1985), soit 0,20%. Au Danemark, il y en a 0,84%, en France 0,36%.
Biogarantie
Le logo Biogarantie que lon retrouve sur les produits portant la mention agriculture biologique - système de contrôle CEE est une spécificité belge. Biogarantie est une a.s.b.l. qui regroupe tous les intervenants en agriculture biologique en Belgique:
- les agriculteurs bio avec lU.N.A.B. (francophone) et BELBIOR (en Flandre);
- PROBILA-UNITRAB, union professionnelle des transformateurs et revendeurs;
- Nature et progrès et VELT, mouvements déducation permanente regroupant des consommateurs, des jardiniers amateurs, des producteurs, des transformateurs et des commerçants;
- Les deux organismes de contrôle, Ecocert et le Blik.
Dans dautres pays européens il existe également des coupoles regroupant plusieurs organismes, mais elles ne comprennent pas tous les intervenants comme Biogarantie. En Allemagne, il sagit dune coordination des organismes de contrôle, en France cest plutôt une interprofessionnelle de producteurs-transformateurs.
Lexistence de lassociation Biogarantie permet notamment à la Belgique de financer lenvoi dun délégué qui répercute les positions belges aux réunions de lI.F.O.A.M., la fédération mondiale de lagriculture biologique, qui se réunit pendant 3 ou 4 jours, 3 fois par an, et qui est consultée par la CEE pour létablissement des normes.
ECOCERT
Nous avons demandé à Blaise Hommelen, ingénieur industriel en agriculture, directeur dEcocert Belgique, de nous expliquer comment sont organisés les contrôles.
Les techniques de production
Blaise Hommelen Le règlement CEE définit des techniques de production. Elles sont basées avant tout sur une fertilisation du sol plutôt que lalimentation directe de la plante. En agriculture classique, le cas extrême, ce sont les cultures en hydroponie, dans lesquelles on bétonne le sol, sur lequel les plantes sont mises dans leau avec les substances nutritives. On ne passe plus par la biologie du sol, la transformation de la matière organique en humus, etc.
En agriculture biologique, on nourrit le sol pour nourrir la plante. La fertilisation est réalisée sans engrais chimiques.
Il y a aussi toutes les bonnes pratiques agricoles au niveau dune rotation: ne pas mettre tout le temps les mêmes productions, travailler avec des légumineuses qui vont fixer lazote atmosphérique, restituer avec les déjections animales une certaine quantité dazote au niveau du sol. Cest un cycle.
Ces bonnes pratiques agricoles ont comme conséquence que les plantes étant moins poussées, moins dopées, ont une meilleure résistance.
On nutilise pas dherbicides chimiques. On utilise des techniques culturales pour limiter lenvahissement par les mauvaises herbes. Concernant la lutte contre les champignons, la résistance est évidemment une notion importante: une plante qui est poussée en azote, dopée, sera beaucoup plus sensible aux attaques de champignons.
Les produits de synthèse
On a aussi la possibilité de lutter contre certains champignons par des produits simples comme le cuivre et le soufre qui ne sont pas issus de la synthèse chimique.
Banc Public Ils peuvent être toxiques aussi. Quel est lavantage?
Dune part, ce ne sont pas des produits artificiels qui ont été crées par la synthèse organique, et, dautre part, on emploie des produits qui ont une toxicité faible. On ne va pas employer de la nicotine, qui est un poison, on va employer de lessence de rophénol, du pyrètre, des produits qui nont pas de rémanence. Il faut voir également que lemploi de ces produits est très limité.
Mais quel est le problème si un produit est de synthèse? Il pourrait être moins toxique?
Le problème des produits chimiques cest que ce sont des molécules de synthèse, quelles vont se dégrader Comment sont testé ces produits? Il y a le test de la DL, la dose létale. On teste un produit sur des souris. Sil a une DL 50 élevée ça veut dire quon peut mettre beaucoup de produit avant que 50% des souris meurent. Mais, en fin de compte on peut se rendre compte bien plus tard quil a peut être une DL élevée, mais quil est cancérigène à long terme!
Les technique dionisation ne sont pas utilisées.
Le contrôle
Pouvez-vous nous expliquer comment les contrôles sont-ils réalisés?
Chez le producteur, on commence par identifier toutes les parcelles et leur historique (les produits qui ont été utilisés), on va les visiter, on examine les plans, et on établit un dossier complet au niveau de lidentification. Cest chaque parcelle qui va alors pouvoir produire des produits biologiques, et pour ce faire il faut quelle soit dabord deux années en production biologique. Cest assez contraignant pour le producteur: il ne peut commercialiser ses produits sous le label biologique quà partir de la 3e année.
Ensuite, on étudie les techniques de production. Il ne suffit pas quun producteur dise je ne mets pas dengrais, il faut quon voie quelle fertilisation il emploie. Lagriculture biologique, cest un mode de production. Le technicien sait ce que cest que lagriculture biologique, il ne suffit pas de dire Je ne mets pas de désherbant, et puis quil naie aucun système pour désherber.
Questionnaires
Lors du contrôle annuel on discute avec le producteur et on note tout dans notre questionnaire de synthèse.
Il comprend des rubriques observations de non-conformité, fertilisation, entretien de la matière organique, lutte contre les adventistes (désherbage), protection des cultures (contre les maladies), multiplication végétales (il y a maintenant des plans de pommes de terre biologiques ou des petits oignons: il est obligé de les acheter sil nen achète pas il aura une remarque), etc..
Après la production végétale il y a la post-récolte: on suit toute la filière: étiquetage, procédés de transformation, façonniers éventuels (par exemple, les jus de pomme ne sont pas pressés à la ferme, ils sont traités dans une entreprise qui doit aussi être contrôlée), désinfection, transformations, comptabilité, stockage, commercialisation, analyses...
En production animale, cest la même chose: renouvellement de cheptel (sils achètent des animaux classiques), logement, alimentation, prophylaxie...
Les sanctions
Vous avez les critères de non-conformité?
Cest le principe de la certification. Il y a un barème de sanctions. Pour chaque non conformité, il y a une sanction.
Qui peut aller jusquà linterdiction de commercialisation?
Si un produit nest pas biologique, il est déclassé, ça cest incontournable. Si y a vraiment des fraudes, on peut suspendre: on peut dire au producteur: Maintenant, vous ne pouvez plus produire en bio pendant 6 mois. Actuellement on a le cas avec certains producteurs. Cest dabord un mois, puis six mois, ça dépend de la gravité de la fraude, et puis après on peut dire: maintenant cest fini. A ce moment-là, il est rayé, et son nom est repris au ministère de lagriculture. Il pourrait contacter un autre organisme de contrôle, mais comme on est en relation, cest fini, il ne peut plus produire en bio. Ce sont des cas extrêmes.
Nous avons des fiches de prélèvement standard. Cest très important quand on fait un prélèvement que le producteur aie une copie et quil soit daccord. On prélève en trois exemplaires, dont un est envoyé au labo, le producteur garde un échantillon et nous un autre. On peut faire une contre-analyse, il y a toute une procédure.
Un autre questionnaire reprend la comptabilité, la vente, les achats. Il y a des létablissement des normes.
Les techniques de production
Blaise Hommelen Le règlement CEE définit des techniques de production. Elles sont basées avant tout sur une fertilisation du sol plutôt que lalimentation directe de la plante. En agriculture classique, le cas extrême, ce sont les cultures en hydroponie, dans lesquelles on bétonne le sol, sur lequel les plantes sont mises dans leau avec les substances nutritives. On ne passe plus par la biologie du sol, la transformation de la matière organique en humus, etc.
En agriculture biologique, on nourrit le sol pour nourrir la plante. La fertilisation est réalisée sans engrais chimiques.
Il y a aussi toutes les bonnes pratiques agricoles au niveau dune rotation: ne pas mettre tout le temps les mêmes productions, travailler avec des légumineuses qui vont fixer lazote atmosphérique, restituer avec les déjections animales une certaine quantité dazote au niveau du sol. Cest un cycle.
Ces bonnes pratiques agricoles ont comme conséquence que les plantes étant moins poussées, moins dopées, ont une meilleure résistance.
On nutilise pas dherbicides chimiques. On utilise des techniques culturales pour limiter lenvahissement par les mauvaises herbes. Concernant la lutte contre les champignons, la résistance est évidemment une notion importante: une plante qui est poussée en azote, dopée, sera beaucoup plus sensible aux attaques de champignons.
Les produits de synthèse
On a aussi la possibilité de lutter contre certains champignons par des produits simples comme le cuivre et le soufre qui ne sont pas issus de la synthèse chimique.
Banc Public Ils peuvent être toxiques aussi. Quel est lavantage?
Dune part, ce ne sont pas des produits artificiels qui ont été crées par la synthèse organique, et, dautre part, on emploie des produits qui ont une toxicité faible. On ne va pas employer de la nicotine, qui est un poison, on va employer de lessence de rophénol, du pyrètre, des produits qui nont pas de rémanence. Il faut voir également que lemploi de ces produits est très limité.
Mais quel est le problème si un produit est de synthèse? Il pourrait être moins toxique?
Le problème des produits chimiques cest que ce sont des molécules de synthèse, quelles vont se dégrader Comment sont testé ces produits? Il y a le test de la DL, la dose létale. On teste un produit sur des souris. Sil a une DL 50 élevée ça veut dire quon peut mettre beaucoup de produit avant que 50% des souris meurent. Mais, en fin de compte on peut se rendre compte bien plus tard quil a peut être une DL élevée, mais quil est cancérigène à long terme!
Les technique dionisation ne sont pas utilisées.

Comme nous lavons mentionné dans notre introduction, la finalité de lagriculture biologique dépasse laspect de la pure consommation - cest-à-dire acheter le meilleur produit au meilleur prix. Cette problématique est apparue lors de notre entrevue avec deux permanents de la.s.b.l Nature et progrès, David Michelante et Éric Van Essche, dont on trouvera ici la première partie.
Les agriculteurs qui ont commencé le mouvement de lagriculture biologique étaient des idéalistes. Au début, ils navaient pas de marché, ils ont souvent été obligés de commercialiser à des prix conventionnels. Et puis ils ont fait leffort ensemble de faire connaître leurs produits à une certaine clientèle qui était prête à payer le supplément de prix pour le supplément de qualité. Ils ont développé des circuits de commercialisation, mais ce sont des agriculteurs qui travaillent souvent à une échelle familiale.
Il y a un mouvement important en agriculture traditionnelle: cest lindustrialisation.
En agriculture biologique, puisque lapport dengrais des végétaux vient principalement du compost qui est fait à base de déjections animales, il faut un équilibre entre le nombre danimaux quon assume dans une exploitation agricole et la quantité dhectares qui sont cultivés pour avoir une fertilité équilibrée.
Lagriculture portuaire
Dans un modèle industriel, on se spécialise en production végétale ou en production animale. Si on fait de la production animale, on quitte la campagne et on va près dun port, là les aliments viennent du tiers monde, ils sont bon marchés il y a peu de frais de transport et les déjections vont directement dans la mer. Je caricature, mais la production industrielle animale cest comme ça: ce sont des unités de production immenses -des milliers de bêtes rassemblées, qui ne bougent pas, qui ne sortent pas, qui sont justes nourris jusquà ce quon les abatte, si elles arrivent encore à marcher jusquà labattoir.
Les agriculteurs qui font eux la spécialisation en production végétale apportent des engrais, il est beaucoup plus facile de passer avec des granulés que dépandre un fumier, quil faut encore parfois composter. Cest beaucoup de travail en moins, de ne faire que la fertilisation avec des granulés.
Lagriculture biologique prend vraiment le contre-pied de cette évolution en agriculture conventionnelle. Mais le prix de base auquel nous sommes habitués est calqué sur le modèle industriel, ce qui fait que tous les gens qui continuent à travailler sur le modèle familial où il y a un équilibre entre lélevage et la culture, sont moins rentables. Et ils nont plus la possibilité de survivre économiquement.
La bio industrielle
Tout ce processus peut être appliqué dans une certaine mesure en agriculture biologique. Il y a moyen de faire de la production végétale en utilisant uniquement des fientes de poules qui ne sont pas produites dans la ferme, davoir donc des grandes surfaces, avec peu danimaux et de travailler sur le modèle industriel. Il y a moyen également de produire des poules biologiques sur un modèle industriel où la même entreprise est responsable de la production des aliments, de la fourniture des aliments aux éleveurs et de la commercialisation des oeufs. Toute la chaîne appartient à un seul groupe et on travaille à grande échelle. Ce sont toutes les dérives vers lesquelles la bio peut aller, vers lesquelles certaines formes vont pour linstant. Il y a un cercle vicieux qui est difficile à casser: le consommateur bio dit que les produits sont chers, donc il nen prend pas, et le producteur bio ne trouve pas de débouchés. Il faut arriver à baisser les prix, mais dans une mesure qui permette quand même encore aux agriculteurs de fonctionner.
Et donc, ce que certains font, cest évoluer vers le modèle industriel. Cest normal que sil y a une demande pour des produits bon marché que des gens se disent on va faire des produits bon marché. Cela pose des problèmes dans les milieux bio puisquil y a des agriculteurs pionniers qui ont développé des marchés, qui ont fait de la vente directe, qui ont commercialisé avec des coopératives ou sur des marchés, etc. qui sont arrivés à un certain équilibre entre le temps quils consacrent à leur entreprise et le prix quils ont pour leurs produits, et puis il y a cette bio industrielle qui, à terme, risque aussi de vider les campagnes, de diminuer la population agricole et la qualité des aliments. Cette bio industrielle avance, et elle prend les parts de marché des agriculteurs qui fonctionnaient...
Mais ce sont des produits qui du point de vue de lanalyse restent biologiques?
Oui.
Quest-ce qui est mauvais?
Cest que le modèle ne peut pas être généralisé sans que lon ne poursuive lexode rural.
Donc, ca a tout de même un aspect positif, cest que cela peut donner un accès à un plus grand nombre de gens à des produits biologiques plutôt que de les réserver à une élite par leur prix. Cest quand même aussi quelque chose dimportant?
Cest là quil faut arriver à trouver le juste équilibre. Si on est repartis dans une spirale où les distributeurs disent on travaille à tel prix, on arrive à ce que quelques agriculteurs sorganisent pour boucler leurs fins de mois selon ce mode-là. Ils ont développé un marché et les producteurs sont captifs. La pression sur les prix va de nouveau jouer et ... lagriculteur au bout du compte est souvent le dindon de la farce. Quand il ny a pas un équilibre entre le producteur et le distributeur.
CVN Cest comme ça aussi dans lagriculture traditionnelle
Cest vrai dans les deux modes de production, mais plus le circuit se rallonge, au plus ça sindustrialise, ça devient anonyme, au moins le consommateur est enclin à comprendre ou a admettre que son aliment a plus de valeur, quil est prêt à payer. Si les circuits se rallongent, lagriculteur naura plus la même possibilité dexpliquer ou de faire comprendre au consommateur en quoi un aliment biologique a plus de valeur quun aliment conventionnel.
Qualité sociale
Au niveau de la production biologique, il y a laspect qualité globale qui est important. Il y a la qualité en termes de résidus, qualité diététique, il y a également - au niveau de Nature et progrès, cest dans ce sens là que vont nos réflexions - laspect qualité sociale qui est important.
Si pour permettre au plus grand nombre daccéder aux produits bio il faut accepter que des producteurs partent au chômage, que les campagnes se vident, et sil faut favoriser de grosses structures créées par des capitaux importants, qui proviennent notamment - et ça existe déjà actuellement - des secteurs de lagrochimie, là on se pose des questions. Toute la problématique de lindustrialisation peut se poser dans nos sociétés. On constate quon va vers un nombre demplois toujours moins important par laugmentation des économies déchelle, la rationalisation à tous niveaux. Est-ce que la production agricole peut suivre ce même schéma sachant quune de ses fonctions cest doccuper le territoire de manière décentralisée?
Impossibilité technique
Jusquà un certain niveau, cest bien de rationaliser, davoir des unités de production qui sont économiquement rentables, mais, à partir dun certain point, on est en déséquilibre chronique, et le recours à des méthodes classiques pour soigner les animaux qui sont malades devient obligatoire.
En agriculture biologique, en ce qui concerne lélevage biologique plus précisément, on préconise davoir dabord recours à des méthodes de prévention des maladies par rotation des pâturages, et des parcours, en ayant des bâtiments qui soient suffisamment bien adaptés aux exigences naturelles des bêtes (elles ont besoin dun minimum de superficie, dune atmosphère suffisamment saine et non chargée de gaz dammoniac (issus de leurs déjections), de suffisamment de lumière). A partir du moment où on a une surconcentration danimaux, même en élevage biologique on sera obligé - la plupart du temps - davoir recours à des médicaments vétérinaires conventionnels pour venir à bout de toute une série de maladies liées à une surdensité de bétail.
Une des règles de lagriculture biologique, cest davoir un nombre dhectares et un nombre danimaux par Ha défini avec un maximum qui permet dabsorber la matière organique sans quelle ne devienne polluante, et qui permette dorganiser des parcours variés pour inhiber les cycles parasitaires (qui se trouvent dans le sol à certaines phases de leur développement). Si ce nest pas possible - et plus il y a danimaux plus la superficie nécessaire est importante - le recours à des vermifuges devient inévitable.
On constate actuellement quen élevage biologique il nexiste pas encore de réglementation européenne, donc pour le moment on voit des élevages industriels qui apparaissent et ça nous paraît lindice dune certaine dérive de lagriculture biologique dans ses principes fondamentaux.
Les nitrates
La problématique des nitrates est un autre aspect important. Il y a actuellement 10% des captages deau potable dans lesquels on trouve des doses de nitrates qui tournent autour de la norme européenne de 50 mg/L. Une des grandes sources de nitrates dans les eaux potables, sont ceux qui proviennent de lagriculture conventionnelle. Il y a eu pendant toute une période des méthodes de fertilisation qui aboutissaient souvent à des surdosages dengrais solubles. Lazote sous forme nitrique est extrêmement soluble, donc elle est facilement lessivable. On la retrouve dans les eaux de surface: il y a alors eutrophisation, ou bien dans les eaux de nappes aquifères qui sont destinées à la consommation. Actuellement, il nest pas rare que la SWDE soit obligée de mélanger des eaux de provenances diverses pour diluer des eaux trop chargées en nitrates. Il y a pas mal de sources qui proviennent de nappes relativement superficielles qui sont actuellement tout à fait non potables du fait des teneurs en nitrates. Ce sont des enjeux importants, qui touchent directement chacun dans sa vie de tous les jours et par rapport auxquelles lagriculture biologique a toujours cherché à se positionner et à rechercher des solutions viables et durables, tant en termes de pollution de lenvironnement par les nitrates par les pesticides quen termes dépuisement des ressources naturelles, que ce soient les engrais minéraux ou bien les énergies non renouvelables.
Conclusion
Il est clair que le contenu du règlement européen en préparation pour les productions biologiques animales sera un élément très important pour lavenir de ce secteur. Selon le calendrier établi par la CEE, il aurait déjà dû être établi. Les intérêts qui sont en jeu au niveau de la viande, par exemple, augmentent évidemment en même temps que les préoccupations des consommateurs-acheteurs pour leur santé et pour lenvironnement.
Le contentieux entre les agriculteurs biologiques belges et le boeuf dit bio de GB (qui ne correspond pas du tout aux critères de lagriculture biologique, mais répond à un cahier de charges et des contrôles en ce qui concerne les hormones seulement), en est une illustration intéressante. Une action introduite devant le tribunal de commerce de Gand pour concurrence déloyale sera jugée prochainement, alors que la commission européenne a entamé une procédure en infraction contre la Belgique pour non-application dune directive européenne sur la protection du consommateur pour le même problème.
Il reste à espérer que le secteur de lagriculture biologique pourra continuer à se développer harmonieusement tout en devenant accessible au plus grand nombre. Le développement de labels, rejeté par Test achats, a tout de même encouragé lexpérimentation et lélaboration progressive de méthodes de production et de contrôle qui ont permis à la CEE détablir une réglementation valable pour les produits végétaux, qui pourrait servir davantage doutil de promotion pour le secteur, si elle était mieux connue. Au niveau des prix, une meilleure promotion des produits, une extension du marché limiteraient les invendus et permettraient des économies déchelle. Le consommateur averti dispose actuellement, par sa simple faculté de choix, dun levier pour orienter lévolution de la politique agricole globale, et pour agir sur lenvironnement et la santé publique.
Catherine VAN NYPELSEER
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