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Catherine VAN NYPELSEER, Banc Public N°74, Nov.1998
BELGIQUE, TOUJOURS? Notre pays en voie de disparition suscite un intérêt certain chez ceux qui ont le plus à perdre en cas déclatement: les Bruxellois. Lexistence de cette ville francophone mais flamande a empêché un scénario Ce genre de projet suscite des résultats inégaux; il a abouti en tous cas à un texte assez génial à notre avis : celui de lécrivain Jean-Luc Outers pour qui le Belge (qui existe donc) est un TATOU, charmante bestiole qui a pour spécialité de senfouir rapidement... on la vu briser lasphalte dune route pour senterrer dessous en lespace de quelques minutes. Martine Wijckaert (metteur en scène de théâtre) a eu très peur pendant la marche blanche: Il y avait cette colonne humaine qui circulait, dans quelque chose qui nexistait pas. (...) il y avait quelque chose de lordre dun chaos et dune tragédie enfantine, dune détresse, non par rapport au problème des enfants disparus mais presque au sens psychanalytique du mot, une détresse pathétique, voire pathologique, tout cela dans labsence de langage. Ces vagues qui régulièrement applaudissaient, cette houle qui traversait les boulevards, qui ricochait sur les fenêtres closes, puisque tout est en démolition, donc toutes les fenêtres sont murées, et dont lécho tarrivait quelques minutes après, comme un ressac !... Elle reproche à notre pays son manque de niveau, dexigence, déthique, de combat et donc de démocratie. Pour elle, le mélange des cultures était la seule caractéristique intéressante de ce pays-qui-nen-est-pas-un, et le fait de vouloir y mettre de lordre - lart est-il une matière régionalisable? - lui a enlevé toute pertinence. Cette Flamande qui sexprime en français enrage de devoir se présenter au festival dAvignon en étant censée y représenter la Communauté française de Belgique. Une Communauté française qui ne plaît pas non-plus à Jean Louvet, lauteur du Manifeste pour la culture wallonne - dont la contribution est intitulée Une communauté sournoise , qui sy sent emprisonné, asphyxié dans ce creuset artificiel inadéquat , cette institution complètement régressive qui empêche Bruxellois et Wallons de poser un acte politique commun, un acte fondateur. Pour lui, cette institution est un instrument dopression qui sert de relais à lEtat belge pour occulter une série de formes dexpression. Jean-Pierre Dopagne a vraisemblablement soufert dune manière ou dune autre de notre magnifique structure institutionnelle, puisquil nous raconte les mésaventures de ce violoniste arrivant à Bruxelles dun pays lointain, en vue détudier à lécole belge du violon dans le pays dYsaÿe et de la reine Elisabeth. Le bureau des informations de la Gare centrale lui ayant sobrement indiqué this way, il rencontre un violoniste, premier prix de Conservatoire, qui lui propose gentiment dhabiter chez lui, cest-à-dire dans les couloirs de la gare. Pour le même prix, il lui explique le fonctionnement de lécole belge du violon: Plus positif, Wim Vandekeybus - à qui il est pourtant arrivé à létranger que lon demande: Ah, oui, Belge... Vous êtes pédophile ? trouve que la Belgique existe, et quelle survivra comme pays de passage, de croisement, de brassage, ce qui prédit quelque chose du futur du monde. Il compare ceux qui veulent léclatement de la Belgique - qui perdront à la longue - aux racistes ou à ceux qui tirent sur les chiens qui passent sur leurs terrains parce quil est interdit de laisser les chiens en liberté , des gens qui foutent la merde partout, mais qui perdront car le charme finira par gagner. De toutes façons, dans le cas contraire, sa culture bigarrée lui permettra de sadapter ailleurs, au contraire de ceux qui vivent dans des nations mieux structurées. Francis Martens étudie la génèse de la chanson qui fournit son titre à louvrage (le vers Tu vivras toujours grande et belle sadresse à la Belgique, notre mère chérie, dans la Brabançonne), et y fait notamment une découverte intéressante concernant le Belge. Puisquil sort du tombeau après des siècles desclavage, il ny a que deux hypothèses possibles: ou bien cest un vampire, ce qui paraît douteux vu le caractère peu aristocratique en général du profil de nos concitoyens, ou alors il sagit dun zombie, un mort-vivant employé à bon compte par des propriétaires sans scrupules, en Haïti. Dans sa contribution, Guido Fonteyn compare le modèle belge de réforme de lEtat et... le modèle yougoslave , que nous venons de voir à loeuvre. Il y trouve énormément de points communs, mais aussi une différence essentielle qui rend le modèle yougoslave tout-à-fait inapplicable dans notre pays: la Belgique ne dispose pas de lespce qui permet les guerres civiles ! Où installer les camps dentraînement, les maquis, cacher les armes? Kristien Hemmerechts, écrivain néerlandophone, exprime parfaitement le paradoxe qui fait que lon entend bien plus ceux qui veulent la fin de la Belgique que les autres, communément appelés majorité silencieuse et prouve limpossibilité existentielle quil en soit autrement: en effet, Personne parmi nous ne souhaite que la Belgique éclate, mais personne non plus ne veut marcher derrière un drapeau belge. Non, non, nous voulons que la Belgique subsiste pour que nous ne soyons pas obligés de marcher derrière un drapeau, pas un drapeau tricolore et certainement pas un drapeau à lion. CONCLUSION Un ouvrage qui sinsère dans le courant dune certaine défense de la Belgique, en tout cas de sa diversité, dans le prolongement dinitiatives comme le KunstenFestival des arts qui mèlent les voix les plus tolérantes des deux Communautés. Ne convient pas à ceux qui recherchent des pistes pour les prochains compromis communautaires ou qui voudraient savoir ce que la prochaine négociation nous réserve...
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