Ze Wonderfoule Microsoft World
Présenté par la propagande Microsoft comme un génie de linformatique, victime dun onctueux attentat en 1998 du fait de lInternationale Pâtissière, aux prises depuis un certain temps déjà avec la justice américaine, sujet à une enquête de la CEE concernant son système Windows 2000, Bill Gates est un homme assailli de bien des questions ces derniers temps.
Microsoft est le leader mondial des systèmes dexploitation (cerveaux des ordinateurs en quelque sorte) et sa mainmise sur le secteur a parfois été comparée à celle de quelquun qui aurait licence et monopole sur la langue anglaise: imaginez-vous un Dieu qui toucherait une taxe chaque fois quun mot danglais est prononcé.
Situation absurde.
Pour beaucoup, linformatique, technologie appelée entre autres à améliorer lorganisation des sociétés humaines, la transmission du savoir, la gestion de données, lefficacité de la recherche, bref à élever la convivialité et la qualité générale de lhumanité, devant être du ressort du public et non de lintérêt privé.
NAÏVETE DU CONSOMMATEUR
De tous temps, nous avons été des consommateurs naïfs. Tous les jours en faisant nos emplettes, nous nous faisons niquer par quelque commerçant affable au sourire bienveillant. Pourtant, lArnaque, devant laquelle tous se pâment au nom de lEmploi et du PIB, ne date pas dhier. Vance Packard, vilain sociologue Américain, samusait très sérieusement, dans les années 60 déjà, à étudier les reluisants dessous de table de la puissante économie de son bon pays (1), et il remarquait alors: Les améliorations que lon peut apporter aux appareils existants sont de plus en plus limitées. Dès lors, la solution consiste soit à vendre des pièces de rechange, soit à vendre un second modèle à chaque famille, soit à fabriquer des objets appelés rapidement à péricliter et donc à être remplacés par dautres qui auraient lair dêtre plus sophistiqués ou plus puissants. Cet effort faussement créateur, également suscité par le désir de simposer dans la jungle des supermarchés, était alors ouvertement prôné par lindustrie américaine.
Dans une interview accordée au Soir en 98, Di Cosmo déclarait: Il y a un tas de catastrophes qui arrivent dans le monde Windows ou Microsoft et que lon met sur le dos du pauvre consommateur qui ny est pour rien. Aucune garantie nest fournie au consommateur qui se fait rouler dans la farine. Sil achète une voiture neuve et quau bout de trois minutes, le moteur explose, le consommateur appelle le concessionnaire, invoque les garanties et exige une autre voiture neuve. Dans le monde des ordinateurs, le comportement du consommateur est différent. Sil achète un ordinateur neuf qui ne marche pas, il se dit que cest sa faute parce quil est nul en informatique. Il ne dit pas que cest la faute du vendeur ou du fabricant, mais de la sienne. Un consommateur a déjà du mal à choisir un dentifrice ad hoc, alors comment pourrait-il décider en matière de logiciels?.
REUSSITE DE MICROSOFT
La réussite de Gates nest pas due, comme la légende essaie de le faire croire au bon peuple, à son génie informatique, mais à son sens des affaires. Microsoft sest bâti en toute impunité une position de monopole en détruisant bon nombre dentreprises dont les produits étaient de qualité supérieure tout en aliénant consommateurs, compétiteurs et distributeurs en se présentant comme le champion de la démocratisation du savoir.
Microsoft est en général peu critiqué sinon par anti-américanisme, par technophobie ou par fascination-répulsion pour son fondateur Gates. Ce que Di Cosmo et Nora(2) dénoncent, ce sont la mauvaise qualité des programmes Microsoft et la manière dont lentreprise grignote la sphère dInternet. Di Cosmo estime que Microsoft conçoit de mauvais produits quelle fait payer cher à des consommateurs quelle asservit; Microsoft méprise ses clients, piège ses concurrents et étouffe linnovation, le rêve dun progrès technologique accouchant dun monde meilleur, plus libre et plus solidaire au profit dun monde mercantile, étriqué et policier.
Microsoft a le talent particulier de toujours coller parfaitement au marché, ce qui na malheureusement rien à voir avec la qualité de ses produits. Cette entreprise a acquis au fil du temps une remarquable aptitude à transformer ses échecs techniques en succès commerciaux. Si les nouveaux logiciels sont souvent catastrophiques, lartillerie lourde du marketing arrive à les vendre quand même, en attendant que les versions suivantes corrigent un peu les bugs pour en faire des produits plus stables, éventuellement en rachetant ou copiant les produits souvent meilleurs de ses concurrents.
Microsoft a réussi à faire considérer les défauts de ses logiciels comme normaux, et la correction de ses défauts comme des percées technologiques. Mieux, cest le consommateur qui paie le processus damélioration. Exemple: la première version du tableur Excel contenait de telles erreurs de conception que Di Cosmo (prof dinformatique) aurait mis un zéro pointé à nimporte lequel de ses étudiants sil lavait écrite; or Excel tient aujourdhui en France plus de 87% de ce marché. Le système dexploitation Windows 3.0 avait 10 ans de retard sur le Mac OS dApple; ses successeurs Windows 95 et 98 contrôlent aujourdhui 90% du marché; idem pour le Microsoft Internet Explorer qui a gobé 55% du marché en 4 ans. Dans tous les cas, explique Di Cosmo, les produits Microsoft étaient très nettement inférieurs à ceux de la concurrence, et dans certains cas le demeurent aujourdhui.
Il est très facile dimposer un mauvais produit en liant sa vente à celle dun produit sur lequel vous avez le monopole. Si Microsoft avait conquis ces marchés loyalement, avec de bons programmes fabriqués dans les règles de lart, si lentreprise ne confortait sa puissance que par son excellence, personne ny trouverait rien à redire.
La pub Microsoft se plaît à vanter ses logiciels comme le dernier cri de la technologie. Ici, on a deux mondes: dun côté les gens qui ny connaissent rien et qui se laissent facilement berner par les campagnes de Microsoft qui frôlent la publicité subliminale, dun autre, les gens avertis, ceux qui peuvent soulever le capot pour regarder comment tournent les logiciels, et qui sont bien daccord sur le fait que les programmes Microsoft sont mal conçus.
Logiquement, quand on développe un programme informatique, on développe dabord des prototypes; après les avoir affinés un peu en interne, on obtient une version 1, encore trop instable pour être montrée à lextérieur. Dans une 2ème étape, on supprime le maximum derreurs pour arriver à une version 2, qui est normalement donnée à des testeurs proches de lentreprise, qui aident à détecter les derniers bugs.
Logiquement, on en arrive alors à la version3, celle qui sera pressée en CD et vendue en masse. Or, Microsoft se contente souvent de vendre la version 2 comme produit final. Exemple: Windows 3.0 était pratiquement inutilisable, il fallait tout le temps redémarrer sa machine; alors Microsoft a corrigé ses bugs et sorti Windows 3.1 que les utilisateurs ont dû acheter à nouveau. Ce sont les acheteurs qui servent de testeurs.
OBSOLESCENCE PROGRAMMEE
En tant quutilisateur, on est souvent obligé dacheter de nouveaux produits et de sy adapter pour faire les mêmes tâches. Mais il existe des entreprises dont les produits ne deviennent pas obsolètes aussi rapidement; lobsolescence programmée est vraiment devenue une spécialité de Microsoft parce quelle est liée à la position hégémonique de cette entreprise. Pour un éditeur de logiciels, il existe deux façons daugmenter son chiffre daffaire afin de dégager des profits croissants: soit, il accroit sa part de marché, soit, quand le marché est saturé de ses produits (cas de Microsoft), il parvient à vendre de plus en plus souvent aux mêmes clients.
Il doit pour cela renouveler souvent ses logiciels; les nouvelles versions qui doivent sembler différentes sont enrichies de gadgets par forcément utiles que Microsoft présente comme des innovations. Cette constante évolution des produits présentée comme un gage de qualité constitue en fait limposition dune véritable taxe monopolistique.
A chaque fois que Microsoft sort une nouvelle version dun logiciel, il est plus gros et plus et plus lent; or, un système sophistiqué, développé avec un souci de qualité, nécessite au départ une quantité assez importante de ressources qui en revanche ne croîtra pas beaucoup avec les nouvelles versions. Par contre un système racheté et rafistolé à la va-vite est inévitablement destiné à salourdir énormément au fur et à mesure que Microsoft y rajoute, couche après couche, dindispensables fonctionnalités qui navaient pas été prévues à lorigine.
De plus, les ordinateurs équipés par Microsoft sont plus vulnérables que les autres aux virus informatiques; dans le monde Unix les virus nont accès quaux fichiers utilisés et en aucun cas aux applications ou composants sensibles du disque; de plus, dans le monde Unix, les défauts de sécurité sont rapidement corrigés, alors que dans le monde DOS Windows, (comme dans le MacIntosh de Apple, dailleurs), un virus est un programme comme un autre: il se base simplement sur le fait que tout le monde a le droit de toucher au système dexploitation: il peut causer au système des dommages vitaux, modifier vos données, altère la façon dont fonctionnent vos applications, effacer entièrement votre disque dur etc
De plus, et cest plus grave, avec la dernière génération de logiciels Microsoft, sont apparus des macrovirus qui peuvent se transmettre entre machines de famille différentes: Microsoft a offert une plateforme standard aux virus. Certains experts ont bien tenté dattirer lattention de Microsoft sur ces graves problèmes de sécurité, mais Bill Gates na jamais réagi, comme si la lutte contre les virus était le cadet de ses soucis.
La communauté des informaticiens sest exprimée assez tard: pour toucher le grand public, il faut écrire dans les revues de presse informatique mais les experts sérieux naiment pas côtoyer les marchands de tapis, et cela a dailleurs contribué à mettre en place un véritable cercle vicieux: dénuée de lappui de ces experts qui la boudent, la presse informatique est devenue un écho peu crédible de la propagande des constructeurs. La communauté des informaticiens sest de plus pendant longtemps peu souciée de ce que Microsoft berne le grand public, pour lequel elle avait une certaine condescendance. Aucun grand informaticien na vraiment pris la peine de faire uvre de pédagogie.
Enfin, la communauté scientifique parvenait à échapper complètement aux ordinateurs personnels et à Microsoft. Aujourdhui, ce nest plus le cas: nous risquons tous de nous retrouver avec un PC sur notre bureau et Microsoft cherche à mettre la main sur Internet, moyen de communication privilégié des chercheurs.
Aujourdhui, si vous achetez votre machine en grande surface, vous néchappez pas à Windows. La plupart des constructeurs expliquent que leur contrat avec Microsoft exige quils vendent Windows avec chaque machine. En Europe, cette tactique dite de vente liée est pourtant tout à fait illégale.
La tactique de Microsoft est tendue vers la suppression de la concurrence. Le moyen le plus sournois et le plus efficace pour tuer les produits rivaux, cest de mettre à profit leffet réseau: quand un éditeur de logiciels détient à la fois le système dexploitation (Windows) et les applications (Word, Excel, Explorer), il lui est alors techniquement possible de modifier le système dexploitation pour rendre les produits concurrents instables ou inutilisables, tout en améliorant les prestations des programmes. Et une fois les produits concurrents inhibés, Microsoft na plus quà prendre le marché dassaut avec ses propres logiciels.
De laveu même de Gates, Explorer était au départ de très mauvaise qualité; il était difficile daugmenter les parts de marché sur les seuls mérites dExplorer 4 on fit donc appel au levier du système dexploitation afin de pousser les gens à utiliser Explorer au lieu de Navigator: Microsoft demanda aux constructeurs informatiques de préinstaller Explorer sur leurs machines, en série, en même temps que Windows 95, en faisant croire aux gens que Explorer était un plus donné par Microsoft.
Certains sites appartenant à Microsoft sont dores et déjà interdits aux autres navigateurs, comme Navigator, Lynx, OmniWeb ou Opéra.
Logiciel libre: LE SYSTEME LINUX
Di Cosmo prend parti, comme beaucoup duniversitaires, pour le logiciel libre, cest-à-dire des programmes informatiques fournis avec leur code source, cest-à-dire le code qui les compose, et les informations qui permettent leur maintenance. Conçus dans un esprit de partage par des milliers de programmeurs sur la planète, les logiciels libres sont la propriété collective de lhumanité. Linux est un logiciel libre, tout son code source est donné, on peut le télécharger sur le Web (gratuitement); et si on se le procure en magasin, on ne paie que la valeur ajoutée (gravage de CD, distribution, installation, assistance technique ou développement de solutions spécifiques).
Pour lutilisateur, les logiciels libres présentent une foule davantages. Ils ont en général de meilleures performances, une plus grande robustesse que leurs équivalents commerciaux , ils sont disponibles à un prix modique ou nul, ils peuvent tourner sur de vieilles machines condamnées comme obsolètes par le cartel Windows Intel.
Le système dexploitation Linux est assez résistant aux erreurs de manipulation des débutants: seules les personnes autorisés peuvent accéder aux composantes vitales du système. Le logiciel libre sinscrit dans le concept plus vaste dune informatique ouverte, cest-à-dire qui organise linteropérabilité des produits entre eux par la publication des interfaces techniques de chacun.
Créé en 1991 par un jeune Finlandais, Linus Torvalds, Linux est lemblème du logiciel libre et est la propriété collective de lhumanité: il est librement modifiable et redistribuable, à condition préserver cette propriété. Il a de meilleures performances et une plus grande robustesse que ses équivalents commerciaux ; il est assez résistant aux erreurs de manipulation des débutants. Thorvalds, programmeur hors pair, sest appuyé sur les outils GNU pour écrire le système Linux, parce que les systèmes dexploitation quil pouvait faire tourner sur son PC 386 noffraient ni le niveau de performance ni la sécurité du système Unix quil utilisait sur les puissantes machines de sa faculté. Au fur et à mesure que son chantier progressait, Thorvalds mettait le code source quil écrivait en ligne afin quil soit complété et peaufiné par les meilleurs programmeurs du monde, communauté de bénévoles.
Disponible aujourdhui sur PC et MacIntosh, il a acquis rapidement ses lettres de noblesse: Linux a volé à bord de la navette spatiale américaine, a réalisé les effets spéciaux du film Titanic, gère le routage du courrier de la poste américaine, entre autres.
Avant Linux, les informaticiens étaient, pour la plupart, convaincus que lécriture dun logiciel de qualité nécessitait une approche privée et centralisée. Ils estimaient que le modèle de la cathédrale, avec un architecte autoritaire et un petit groupe de programmeurs dociles, était la seule manière sensée de concevoir un système dexploitation. Et voilà quun gamin de 21 ans orchestrant à distance une cohorte de 68-tards de linformatique prouve avec maestria la supériorité du modèle bazar grouillant et désordonné.
Ceci dit, Linux ne doit pas occulter la multiplicité des logiciels libres. Le logiciel Web Apache, le Netscape, le Sendmail , lInternet Bind (les plus connus) sont tous leaders, pour linstant en tout cas, sur leurs créneaux respectifs. Dune manière plus générale, les logiciels libres sont les poutres maîtresses dInternet. Sans eux, le réseau naurait pas connu cet essor. Et si on les supprimait, il cesserait de fonctionner.
Pour Di Cosmo, la raison précise de la qualité des logiciels libres est que le moteur de leur développement nest pas largent quon peut faire en les vendant, mais le désir décrire des programmes qui seront ensuite utilisés par le plus grand nombre. Bien sûr, il nest pas certain que Linux enterre un jour Microsoft, mais le logiciel libre est peut-être celui de lavenir: il nexiste pas dentreprise assez riche, pas même Microsoft, pour lutter contre les talents conjugués des meilleurs programmeurs de la planète.
Mais un système dexploitation ne peut gagner du terrain sans un environnement favorable; la force de Microsoft tient dans ces innombrables sociétés dingénierie informatique qui supportent ses standards ainsi que dans ces dizaines de milliers déditeurs qui créent des applications pour Windows. Linux ne dispose pas dun appui industriel et commercial aussi développé que celui de Microsoft.
Les entreprises qui utilisent Linux ne sont pas toujours prêtes à le crier sur tous les toits: le caractère presque gratuit du logiciel libre fait encore peur à la plupart des managers qui ne prennent pas le temps de réfléchir aux vrais avantages que cela peut leur apporter. Ou parce que les responsables de ces entreprises ignorent la présence de ce logiciel libre.
Ce sont souvent les informaticiens de base, à qui lon donne une mission ambitieuse et un budget réduit, qui plébiscitent Linux. Un nombre croissant dindustriels ont pourtant introduit Linux au coeur même de leurs produits (ascenseurs, bornes Internet, robots). Linux veille sur des millions de dollars de certaines grandes banques New-Yorkaises, gère les entrepôts de lOréal, contrôle les pompes et caisses enregistreuses de stations-service Shlumberger, suit le fonctionnement dascenseurs Fujitech, équipe les réseaux dentreprise Ikéa. Mercedes-Benz, Sony, Philips, Alcatel, Cisco lutilisent également.
PROBLEME POLITIQUE?
Les services européens de la concurrence ne sont pas inactifs du tout, estime Di Cosmo, mais lEurope ne fait rien officiellement, avant de connaître lissue du procès antitrust aux Etats-Unis. Ce serait difficile dimposer à Microsoft une chose aux Etats-Unis et son contraire en Europe. Ce qui lui paraît moins normal, par contre, cest lattitude passive des gouvernements qui reçoivent Bill Gates comme le messie des nouvelles technologies. Les Etats ne semblent pas avoir compris les vrais enjeux de ces combats. Pire, ils ignorent apparemment quils ont un rôle important à jouer dans lavenir dune technologie qui est porteuse de tant de promesses pour tous, mais aussi de tant de dangers si elle est dévoyée et mise au servie dintérêts particuliers.
Les pays de lUnion Européenne sont à la traîne en ce qui concerne la reconnaissance officielle de limportance du phénomène du logiciel libre. Or, la modicité des coûts et la maîtrise absolue du logiciel libre semblent en faire une solution idéale pour le monde de léducation; pourtant le système que certains proposent dinstaller pour mettre en place linfrastructure informatique de réseaux pour les écoles et les universités est Windows NT, alors que de grands cabinets détudes internationaux comme le GartnerGroup, le Standish Group ou lAberdeen Group commencent à publier des études qui contredisent ouvertement les arguments de Microsoft et exposent les risques et les coûts énormes qui se cachent derrière toute opération de remplacement des serveurs actuels par des serveurs Windows. Par exemple, Windows NT nest pas compatible avec les standards de lInternet qui sont utilisés pour la maintenace à distance.
Ceci dit, Linux nest pas encore mur pour un usage très grand public. Ce système dexploitation, estime Di Cosmo, ressemble à un moteur de Ferrari emballé dans une carrosserie vieillotte, alors que Windows cache un moteur qui explose tous les cent kilomètres sous une carrosserie rutilante. Toutefois, on travaille activement pour accroître la convivialité de Linux.
Di Cosmo est stupéfait de laveuglement politique sur ces questions; pour certains, linformatique reste un sujet technique à la mode mais peu intéressant, comme sil sagissait de choisir un traitement de textes. Et ceux qui ont compris les vrais enjeux de la société de linformation se laissent trop souvent aveugler par la propagande des marchands de logiciels. Pourtant, les gouvernements pourraient faire des économies colossales en choisissant le logiciel libre pour leur propre usage.
Les gouvernements européens gaspillent des centaines de millions de francs pour subventionner une entreprise américaine dont les filiales européennes sont essentiellement des canaux de distribution. Au delà de ces questions de gros sous, il y va aussi de notre indépendance. Il sagit dune occasion unique de saffranchir quelque peu du monopole technologique détenu par les multinationales sans scrupules, et de fournir à nos entreprises tout comme à nos écoles un avantage stratégique.
Pour Di Cosmo, il semble urgent que lEurope développe une politique active et indépendante dans le domaine de linformation en général. Elle en a les moyens techniques, mais ce qui manque pour linstant est une réelle volonté politique qui pourrait se développer par exemple avec la création dune agence européenne pour le logiciel libre et les standards ouverts; une telle agence pourrait être composée de scientifiques partageant lambition daider les efforts des internautes en vue de construire une plateforme ouverte de qualité pour des systèmes informatiques interopérables.
Le choix dun système ouvert et libre peut supprimer la taxe prélevée par Microsoft sur linformation. Ces centaines de millions de francs qui ne partiraient pas dans les poches de Microsoft pourraient être affectés à des activités plus utiles. Remarque en passant: Di Cosmo ne tombe pas dans lanti-américanisme primaire. Pour lui, il nexiste pas de conflits dintérêts entre lEurope et les States: les enjeux dune informatique ouverte, et le risque de voir un monopole privé étendre sa mainmise sur tous les maillons de la chaine de linformation sont les mêmes pour tous, indépendamment de la localisation géographique du siège du monopoliste. Cest bien un défi qui concerne lhumanité toute entière.
Di Cosmo estime que le sursaut ne peut venir que du grand public. A voir les signaux envoyés par la sphère politique, la réaction ne viendra pas de là. La prise de conscience collective viendra plutôt des opinions publiques, de la communauté des internautes, des citoyens en général, de ces millions dusagers marginalisés, manipulés et méprisés par Microsoft, qui en auront leur claque dêtre traités en vaches à lait et en cobayes juste bons à se taire et à payer pour des logiciels bâclés.
Le système Linux, système performant, bénévolement développé par des informaticiens très compétents, mis gracieusement à la disposition des utilisateurs, fer de lance, pourquoi pas?, dune société moins con- mais plus -viviale, donnera peut être à réfléchir à tous ceux qui ont entériné lidée que tout ce qui se fait de sérieux lest dans une optique de rentabilité, concept bizarrement élevé à la qualité de source transcendante du génie de lespèce. Dans ce monde persuadé de lutilité prééminente de lentreprise quil perçoit comme sel de la terre, seul créateur dactivité, nombril de la vie internationale, en cette période où, toute émoustillée encore davoir enregistré léchec des régimes communistes étouffant linitiative individuelle, la buro-technocratie aux commandes a, assez bêtement, décidé de nous faire choir dans le travers inverse, lalternative basée sur les notion dintérêt général et dutilité collective durable de Linus Thorvalds et de ses nombreux collaborateurs internautes méritait dêtre signalé, non?
Frank Furet