Revue indépendante · Bruxelles Mercredi 1 juillet 2026
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Dossier · enquête en vingt-trois parties

Le dossier criminel

Un dossier d'enquête posé sur un bureau sombre, éclairé par une lampe.

Une mafia n'est pas une simple bande de malfaiteurs. C'est une organisation durable, dotée d'une mémoire, d'un code et d'un territoire, capable de se substituer à l'État là où celui-ci recule. Ce dossier suit cette idée d'un chapitre à l'autre : comment des groupes nés dans des contextes très différents — la Sicile du XIXe siècle, le Japon des marchands ambulants, l'Albanie de l'après-communisme, la Russie de la transition — ont fini par partager une même grammaire du pouvoir clandestin.

Les premiers chapitres reviennent aux origines : la manière dont des associations criminelles se constituent, se dotent de rites et finissent par imposer leur loi à une communauté. Viennent ensuite les mafias italiennes, étudiées séparément parce qu'elles ne se confondent pas. La Cosa Nostra sicilienne a inventé un modèle ; la Camorra napolitaine fonctionne en clans rivaux et urbains ; la 'Ndrangheta calabraise, longtemps sous-estimée, s'est imposée comme l'une des organisations les plus puissantes d'Europe grâce à sa structure familiale et au trafic de cocaïne. La Sacra Corona Unita des Pouilles et la Stidda complètent ce tableau d'une péninsule où le crime organisé a épousé la géographie.

Le dossier se déplace ensuite hors d'Italie. La mafia albanaise, structurée par le clan et le code coutumier, s'est insérée dans les routes de la drogue et de la traite des êtres humains, parfois au croisement des conflits balkaniques. Les réseaux criminels russes, héritiers des vory v zakone de l'ère soviétique, ont prospéré dans le désordre de la privatisation pour devenir des acteurs transnationaux. À l'autre bout du monde, les yakuzas japonais offrent un cas unique : une criminalité longtemps tolérée, visible, presque institutionnelle, dont l'histoire éclaire le rapport très particulier du Japon à ses marges. Les triades chinoises, nées de sociétés secrètes anciennes, prolongent cette géographie vers l'Asie. Les derniers chapitres gagnent les Amériques — du cartel de Cali au cas mexicain et à l'état présent de la mafia aux États-Unis — avant un chapitre contemporain consacré au crime organisé à l'ère numérique.

D'un chapitre à l'autre, les mêmes questions reviennent : d'où vient l'autorité d'une organisation criminelle ? Comment se finance-t-elle ? Où s'arrête le crime et où commence l'économie ordinaire, la politique, l'État ? C'est en confrontant des organisations éloignées que ces mécanismes deviennent lisibles. Chaque partie est conçue pour se lire de façon autonome ; ensemble, elles forment une histoire comparée des pouvoirs criminels.

Sommaire du dossier

Questions fréquentes

Combien de parties compte le dossier criminel ?

Le dossier réunit vingt-trois chapitres, qui vont des associations criminelles historiques aux organisations contemporaines : Cosa Nostra, Camorra, 'Ndrangheta, Sacra Corona Unita, Stidda, mafia albanaise, réseaux russes, yakuzas japonais, triades chinoises, cartels colombiens et mexicains, jusqu'au crime organisé à l'ère numérique. Chaque partie peut se lire séparément, mais l'ensemble dessine une comparaison d'une famille criminelle à l'autre.

Le dossier traite-t-il d'organisations réelles ou de fiction ?

Il s'agit d'organisations réelles, étudiées sous l'angle de leur histoire, de leur structure et de leur rapport au pouvoir économique et politique. Le propos est documentaire : il ne propose aucune apologie ni aucun mode d'emploi, mais une mise en perspective historique.

Pourquoi comparer des mafias aussi différentes ?

Parce que des organisations nées sur des continents distincts partagent des mécanismes communs : un code d'honneur, un territoire à contrôler, une économie souterraine, et surtout une capacité à s'insérer dans l'économie légale et l'appareil d'État. La comparaison fait apparaître ces régularités.

Sur quoi s'appuient ces chapitres ?

Sur les travaux d'historiens et de sociologues du crime organisé, les rapports judiciaires et la littérature de référence consacrée à chaque organisation. Les analyses d'Umberto Santino sur la Cosa Nostra, notamment, irriguent plusieurs des chapitres consacrés aux mafias italiennes.